Le Transhumanisme

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Neil Harbisson

Neil Harbisson

LE TRANSHUMANISME

 

Depuis l’avènement de l’ère numérique et l’arrivée d’internet dans nos sociétés, le concept du transhumanisme est de plus en plus évoqué ou redouté pour certains. Cela consiste en un ensemble de techniques et de réflexions visant à améliorer les capacités humaines, qu’elles soient physiques ou mentales, via un usage avancé de la technologie.

Qu’il s’agisse de rendre la vue, de faire marcher un homme paralysé ou de stimuler un cerveau, les travaux se multiplient dans de nombreux domaines pour améliorer les conditions de l’Homme.

Néanmoins les réflexions sont poussées bien plus loin et pour les défenseurs du transhumanisme, les maladies, les limites de l’Homme ou même la mort sont des éléments indésirables qu’il est nécessaire d’effacer. Ce concept faire référence au post humanisme, c’est à dire une amélioration poussée de l’homme où ce dernier a quitté son statut d’humain.

 

Le transhumanisme comme solution du futur

Pour certain, le transhumanisme nous permettrait de devenir maître de notre évolution, de vivre plus longtemps et en bonne santé. On entend souvent dire que les transhumanistes recherchent l’immortalité, en effet, ils souhaitent l’allongement radicale de la durée de vie, pouvoir ralentir le vieillissement, stopper la mort mais aussi être doté d’un sixième sens. Selon eux, mourir devrait devenir un choix (une possibilité pour ceux qui le souhaitent), et non une contrainte. Cela permettrait d’avoir une vie beaucoup plus remplie, de partager, créer, rencontrer, expérimenter davantage.

Mais pour vivre plus longtemps, il faut connaître le fonctionnement du vieillissement. C’est pour cette raison que Google a créé en 2013, la société de biotechnologies Calico. Son objectif premier étant bien sûr de comprendre la biologie autour du vieillissement afin de développer des thérapies permettant aux gens de vivre plus longtemps. Pour cela l’entreprise va faire beaucoup de collaborations. Google est devenu l’un des principaux sponsors du mouvement transhumaniste, notamment par le soutien financier des entreprises portant sur les nanotechnologies, biotechnologies…

Mais à quoi bon vivre plus longtemps, voir même éternellement, si nous ne sommes ni bien dans notre corps, ni en bonne santé ? Et bien il faut améliorer notre santé et notre corps, grâce aux technologies, comme l’a fait par exemple la société EKSO Bionics. Cette dernière a su redonner goût à la vie à un homme paraplégique ayant de nombreuses lésions à la moelle épinière. Il peut maintenant rester debout, marcher, sauter et monter des marches, grâce à un exosquelette qui intègre une nouvelle technique de stimulation de mœlle épinière.

https://www.lemonde.fr/medecine/video/2015/09/04/un-paralyse-remarche-grace-a-un-exosquelette_4746255_1650718.html

 

Le transhumanisme : les cyborgs

Neil Harbisson est un artiste atteint d’achromatopsie qui l’empêche de voir les couleurs. Son monde resterait noir et blanc s’il ne s’était fait implanter une antenne reliée à un œil électronique (eyeborg) à l’arrière de sa tête. Il devient alors le premier homme reconnu comme cyborg qui peut “entendre” les couleurs.

https://www.lemonde.fr/medecine/video/2015/09/04/un-paralyse-remarche-grace-a-un-exosquelette_4746255_1650718.html

En 2010, il fond la fondation cyborg afin d’aider les autres à devenir des cyborgs. Rêver de pouvoir entendre de la musique sans casque, pouvoir attraper un objet aimanté sans le toucher, être connecté à son ordinateur afin de pouvoir changer sa propre température corporelle, et bien d’autres. Neil participe à des “performances” ou des personnes se font greffer des organes artificiels en public. Le risque peut être gros, où sont les limites de ces opérations ? En effet “les artistes” sont sujets à différents facteurs de risque : attraper des bactéries par l’implantation de ces organes artificiels, un rejet de celui-ci pouvant entraîner des complications, un matériel non stérile, un public pas assez vigilant (fumer et boire à pendant la représentation), etc… Le transhumanisme ne peut être encadré dans de bonnes conditions puisque nous ne pouvons pas savoir avec certitude les dangers qu’il peut représenter.

 

Copier notre cerveau : un rêve ?

Le transhumanisme permettrait de se libérer de sa condition humaine, en d’autres termes de repousser nos limites.

En comprenant le fonctionnement du cerveau et pourquoi certaines personnes ont plus de mémoire, sont plus intelligentes ou apprennent plus vite que d’autres, nous serions capables biologiquement et technologiquement de reproduire ces processus et de nous améliorer. On appelle cela l’augmentation cognitive, donc, une plus grande capacité à comprendre, à apprendre, être plus intelligent, concevoir et imaginer des choses plus complexes. En bref, nous pourrions améliorer tous nos processus mentaux qui se rapportent à la connaissance et qui utilisent notre mémoire.

On a longtemps pensé que nos neurones ne peuvent mourir qu’avec le temps, sans se régénérer. Or, on a récemment réussi à régénérer des neurones chez des souris, ce qui constitue une grande avancée et qui pourrait soigner de nombreuses maladies chez l’homme. Mais nous ne savons malheureusement pas encore tout sur le fonctionnement de ces neurones.

C’est ce qu’essaie de comprendre Le Human Brain Project, un projet scientifique qui vise d’ici à environ 2024 à simuler le fonctionnement du cerveau humain grâce à un superordinateur. Leur but est de “comprendre comment des milliards de neurones combinés produisent des pensées et des idées complexes”.

Des scientifiques ont trouvé une solution pour nous permettre d’apprendre plus vite, ils ont fait des tests sur des macaques avec le dispositif cérébral tDCS, et ont relevé que cela aurait augmenté leur vitesse d’apprentissage de 40%.

Ce même genre d’expérience a été testé sur des humains, en effet, HRL laboratories, a inventé un simulateur qui permettrait d’alimenter directement le cerveau d’une personne avec des connaissances. En étudiant les signaux électriques dans le cerveau d’un pilote expérimenté, puis en introduisant ces mêmes données dans le cerveau d’un sujet novice, ils ont remarqué une augmentation de 30% de leurs aptitudes de pilotage.

Nous sommes donc maintenant capables d’apprendre des tâches complexes, en peu de temps. Tout cela nous amène à penser que nous pourrons bientôt être capables de perfectionner l’esprit humain.

 

Le biohacking

De nouvelles pratiques apparaissent grâce à l’évolution technologique, ce qui est le cas du biohacking. Aaron Traywick était un biohacker agé de 28 ans et qui est décédé à la suite d’une expérience dans un caisson d’isolation thermique. Ce jeune homme était connu comme étant un “bricoleur du vivant” pour ses expériences réalisées sur son propre corps . Il était également à la tête de la start-up Ascendance Biometical, une entreprise de recherche biologique dont les pratiques n’ont pas été approuvées par la Food and Drug Administration(FDA), l’agence de santé américaine. Traywick n’avait aucune formation dans le domaine médicale, il tentait de “hacker” son propre ADN par des manipulations génétiques. Par exemple, il s’est déjà auto-injecté un traitement expérimental contre l’herpès. Par ces modifications génétiques, il est question d’eugénisme. Ce qui consiste à améliorer notre propre patrimoine génétique par des recherches biologiques et génétiques, ainsi que des pratiques morales et sociales dans le but de déterminer les conditions les plus favorables pour améliorer l’espèce humaine. L’homme est-il amené à ressembler à son voisin? ses parents? dans un but de contrer la maladie et devenir en quelque sort “parfait”.

Quelques pistes sont déjà avancées par les transhumanistes, et pourraient voir le jour dans les années à venir. Parmis elles, il est question d’une évolution de la pensée avec des appareillages capables de connecter nos consciences directement à internet et d’interagir par la pensée ou d’assimiler une langue étrangère en un temps record ou encore de stocker sa conscience sur un cloud dans une logique de recherche de l’immortalité par exemple.

 

Changer, remplacer nos organes

Pour ce qui est de l’augmentation prothétique on peut noter qu’elle contribue à l’amélioration de la qualité de vie des usagers en situation de handicap et de leur acceptation dans la société. Elle leur offre la possibilité de réaliser des actions comme des personnes valides et d’être considérées comme telles même si, en apparence cela n’est pas le cas.

En plus de compenser un handicap ou un désavantage par rapport aux personnes valides les prothèses peuvent être employées pour l’optimisation des sujets et non seulement la compensation d’un manque, cela ouvre un large panel de possibilités pour l’avenir et surtout met en place la question d’une meilleure performance mécanique vis à vis d’un corps humain saint. Cela envisage de repousser certaines limites et ouvre de nouvelles possibilités technologiques dans des domaines comme le sport, la médecine, l’armée, etc…

https://www.youtube.com/watch?v=rEKe_SHtqaI&ab_channel=FUTUREMAG-ARTE

Prenons le cas des grands sportifs dans le domaine de la vitesse avec les courses du 100m ou du 200m. À ce jour, Usain Bolt est l’athlète le plus rapide, soit de 44,7 km/h en vitesse de pointe. Aujourd’hui nous pouvons très bien imaginer que ces grands sportifs pourraient avoir recours au transhumanisme afin de pouvoir courir encore plus vite. Se faire opérer afin d’enlever chaire et os de leurs jambes et les remplacer par des lames comme Oscar Pistorius pour pouvoir atteindre une vitesse supérieure à celle qu’ils peuvent atteindre juste avec leur force musculaire.

La marginalisation de notre société serait augmentée. Des “catégories” pourraient se former, ceux étant augmentés et les hommes “normaux”. Des privilèges seront alors donnés à certains ce qui pourrait augmenter ces inégalités sociales. Les personnes ayant les moyens de se fournir des organes artificiels performants et donc très très chers, pourraient remplacer facilement leurs pièces, ils seraient pratiquement vus comme des “Dieux”. À l’inverse les personnes avec peu de moyens seraient limitées à leurs propres capacités, la richesse deviendrait un moyen de sélection nature.

 

Le transhumanisme dans notre culture

Enfin la culture populaire contribue énormément à l’acceptation du facteur transhumaniste dans la société, il invite les gens à voir cela comme un avantage technique de taille plutôt que la conséquence d’un accident ou d’une mésaventure. Le cinéma glorifie l’aspect bionique dans les films en dépeignant les capacités surhumaines et extraordinaires mais sans jamais présenter les personnages comme des amputés, leur handicap devient une donnée abstraite.

D’ailleurs les personnages de films ayant un lien avec le transhumanisme sont toujours en bonne santé, beaux, puissants et ont été capables de surmonter leur condition initiale. Cela a pour but de créer une forme d’admiration chez le spectateur et de le préparer à cette réalité en l’amenant de la meilleure façon possible.

Mais il est possible que ces personnages, après avoir goûté à la perfection de cet aspect, soient confrontées à des problèmes. La perte de contrôle de leur propre corps (spiderman 2 de Sam RAIMI), la création d’une société en proie à de grandes inégalités(Altered Carbon de Laeta KALOGRIDIS d’après le roman du même nom de Richard K. MORGAN). Un monde totalitaire en constante surveillance où l’imperfection ne doit pas exister (Bienvenue à Gattaca d’andrew NICCOL), où plus récemment, la possibilité d’hacker les technologies implantées dans les corps afin de pouvoir les contrôler où en retirer des informations (Osmosis d’Audrey FOUCHÉ). De plus dans la série “Black mirror” de Charlie BROOKER nous y retrouvons des histoires dans lesquelles le transhumanisme est source d’inquiétudes et de problèmes.

Nous retrouvons cette idée de transhumanisme dans les jeux vidéo par des substitutions sensorielles. Mettre du rouge autour de l’écran pour montrer qu’on s’est fait mal et qu’on saigne, faire trembler la manette lors de chutes. En effet à travers le jeu vidéo, nous sommes déjà confrontés au monde de la technologie et du transhumanisme. Le casque VR ou des accessoires tel que le nosulus rift nous permet de se mettre dans la peau de personnes augmentées.

 

Nous sommes vulnérables face au transhumanisme

Tout d’abord, il est intéressant de rappel qu’une étude a rapporté que les pacemakers sont vulnérables et faciles à hacker. L’hacker Banarby Jack en fait la démonstration en détournant un pacemaker pour qu’il délivre des chocs électriques mortels. Une attaque sans fil. Changer notre corps avec des dispositifs technologiques.

De plus, les pratiques transhumanistes ont déjà commencé depuis longtemps. La loi française ne mentionne pas explicitement l’homme augmenté, mais la protection de l’intégrité corporelle. Deux exceptions existent à cette loi : l’acte médical personnel et l’action pratiquée dans l’intérêt thérapeutique d’autrui. La deuxième prend en compte les greffes mais la première ? C’est flou. La chirurgie esthétique et peut-être une pratique transhumaniste. Pour le moment, les pratiques transhumanistes sont majoritairement en opposition avec le serment d’Hippocrate. Beaucoup de docteurs ont refusé les demandes pour ce serment. Cependant, certains ne le respectent pas ou n’ayant pas de docteurs, des transhumanistes décident de s’opérer par eux même.

Le rempart contre les dérives du transhumanisme est la loi bioéthique. Cette loi change à chaque grande innovation, scandale de la science. Notons que le clonage n’a été officiellement interdit en France qu’à partir de 2004. Ce n’est qu’en 2018 qu’une nouvelle réforme de la loi est envisagée et inclus une ébauche de l’intelligence artificielle. Cependant, ils se sont finalement concentrés sur la PMA et la fin de vie.

 

Comme tous les grands sujets d’innovation, le transhumanisme est bénéfique et négatif, il fait peur et aider les gens. Il est comme tous les grandes innovations que nous avons connu tel que la vaccination. Le transhumanisme arrivera c’est certain. Ce qui nous faut, c’est nous demander qu’est-ce qui est réellement positif pour l’humanité. Est-ce que le fait de ne pas mourir est réellement positif ? Ne pas dormir, améliorer son corps …. De plus, le transhumanisme doit aussi s’ancrer dans les enjeux de nos sociétés actuelles : l’écologie, la margination de l’humanité. Nous devons encadrer les dérivés pour que ces bienfaits ne soient pas contestés.

 

Julie THIERRY – Juliette HERLEM – Luna MARTEL – Aurélien COLLOC

 

Pour en savoir plus :

https://iatranshumanisme.com/transhumanisme/la-declaration-transhumaniste/quest-ce-que-le-transhumanisme-version-3-2/       

https://www.youtube.com/results?search_query=transhumanisme+documentaire 

https://transhumanistes.com/

https://www.pourlascience.fr/sd/science-societe/limposture-du-transhumanisme-13364.php      

https://www.vie-publique.fr/actualite/faq-citoyens/bioethique/                      

https://www.lesinrocks.com/2018/04/29/livres/livres/plongee-chez-les-transhumanistes-ces-hackers-qui-veulent-tuer-la-mort/   

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Ethique/Lhomme-augmente-dit-loi-dit-lEglise-2018-03-26-1200926634

https://www.legrandsoir.info/transhumanisme-l-homme-repare-et-augmente-a-t-il-encore-besoin-du-divin.html

 

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