Le quantified self, mesurer les dangers

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Tout d’abord, il serait trop simple de mettre en relation la tendance frénétique du quantified self avec l’essor d’internet comme dans bon nombre d’articles Tech ou de la réduire à un énième effet secondaire des réseaux sociaux établis comme sources de tous les mots de la société… Le quantified self est issu d’une tendance éternelle de l’être humain, qui, cherche à comprendre ce qu’il représente, jusqu’où va sa force, quelles sont ses faiblesses, quels sont ses pouvoirs … L’Homme se cherche, se teste, se mesure, pour se comparer aux autres humains et se comparer aux autres espèces.

 

SE MESURER, SE QUANTIFIER, SE CONNAITRE

Le quantified self est un terme anglophone qui désigne le mouvement qui regroupe, à la fois les outils, les principes et les méthodes permettant à chacun de mesurer ses données personnelles, de les analyser et de les partager. Bien sure, le développement des techniques, leur miniaturisation, et par conséquent leur démocratisation a rendu ce biais humain d’automesure au rang de tendance sociale internationale et en a fait un marché en pleine expansion. Au-delà de la simple mesure, le quantified self implique surtout l’analyse, voir le suivi des données récoltées, en temps réel et à distance.

Cet essor s’explique aussi, en grande partie, grâce au développement de la data, avec le perfectionnement des objets connectés et des applications mobiles comme outils de mesure, le machine learning et les intelligences artificielles comme outils d’analyse et l’open data comme système de stockage partagé.

Cependant le quantified self ne s’arrête pas à la mesure de faits physiques ou de capacités, il consiste à quantifier tout ce qui se passe à propos de “soi-même” : ses activités sociales (nombre d’amis ajoutés sur facebook, nombre de messages envoyés, temps passé sur les réseaux sociaux …), professionnelles (temps passé au travail, nombre de mails envoyés …) en plus de l’activité physique (nombre de pas réalisés dans la journée, nombre de km parcourus, …) et sa santé avec un suivi de son activité cardiaque, de la qualité de son sang, son alimentation ….

 

DES PROJETS INNOVANT EN NOMBRE …

On trouve dans les nombreux dispositifs de quantified self disponible sur le marché quelques propositions intéressantes.

Prevent Biometrics Head Impact Monitor

Le projet Prevent Biometrics Head Impact Monitor se présente sous la forme d’un protège-dents destiné aux sportifs potentiellement impliqué dans des chocs pouvant amener à des traumatismes crânienne plus ou moins important. Il vise à réduire le dommage causé par les commotions cérébrales, non pas en les empêchant, mais en les détectant.

Prevent Biometrics Head Impact Monitor

 

En effet, les commotions cérébrales passent parfois inaperçues et impliquent chez la victime des séquelles qui se dégradent avec le temps. Il est possible d’endiguer certaines lésions graves d’un traumatisme crânien s’il est constaté assez rapidement. Prevent Biometrics Head Impact Monitor enregistre et compare les chocs entre eux, avec la possibilité de suivre leur nombre et leur intensité dans le temps.

Cette première utilisation du quantified self répond à une lacune des dispositifs précédents, qui laissent trop souvent passer des lésions potentiellement graves chez une victime, à la suite de contacts violents.

 

Le prototype de patch

Des recherches sont menées dans des institutions académiques dans l’objectif de trouver des usages pertinents de cette mesure de soi. Akihito Miyamoto, chercheur à l’Université de Tokyo, est à l’origine d’un prototype de capteurs disposés à même la peau, en matériaux conducteurs constitués en partie d’Or. Ces capteurs permettent de relever des mesures du corps humain, comme l’activité cardiaque, pulmonaire ou encore cérébrale. Testé pendant une semaine par un échantillon de “cobayes”, le dispositif n’a provoqué aucun grattement ou douleur et les circuits électroniques n’ont pas été endommagé. La mesure des données est possible grâce à un petit capteur, une batterie (à peine plus grosse qu’une pile plate) et un stock de données. Le tout est relié grâce au circuit nanométrique.

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On peut facilement envisager l’intérêt de ce genre de dispositifs auprès des personnes qui nécessitent un suivi médical constant durant de longues périodes. Lié à un système de communication des informations relevées, cela pourrait permettre à des patients de continuer à effectuer des prises d’informations nécessaires, tout en adaptant un mode de vie plus traditionnelle que la vie en institut ou en hôpital.

 

Reliefband Neurowave

Finalement, les dispositifs de quantified self peuvent également permettre d’endiguer directement des problèmes liés aux individus. C’est la promesse que fournit Reliefband Neurowave grâce à un bracelet anti-nausées. L’objet agit sur le principe de la neuromodulation, à savoir en envoyant des impulsions aux nerfs situés sous le poignet. Or ces nerfs bloquent justement la nausée stomacale. La société positionne aussi son produit pour répondre aux nausées des femmes enceintes mais également pour les fans de réalité virtuelle afin d’éviter la cinétose ; mal des transports qui se manifeste dans une situation de discordance entre la perception visuelle et le système vestibulaire.

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Voilà autant de propositions pertinentes de déploiement de technologies de quantified self, au service de véritables problématiques du corps humain, et proposant de nouvelles méthodes de mesure efficaces et potentiellement salvatrice.

 

 

… MAIS QUI PARFOIS, POSENT QUESTION

L’entreprise Spinali basée à Mulhouse s’était fait un nom avec des maillots de bain connectés. Nous la retrouvons désormais sur le domaine médical avec un pansement connecté. Son principe est d’envoyer des informations et des alertes à une application associée sur un smartphone. Le projet est « comme une évidence, des avancées technologiques qui s’interrogent plus car on sait que c’est la suite et que les choses vont s’accélérer », explique Romain Spinali, responsable innovation de la start-up.

Le pansement contient une puce électronique qu’il faut activer par un bouton-poussoir juste avant l’application sur la plaie. Ce pansement se connecte alors à une application smartphone pour échanger des données. Le pansement, étanche, peut se garder jusqu’à un mois.

Le quantified self amène à une multitude de projets dans ce genre que nous ne jugeons pas toujours pertinent. Même si la problématique abordée est engagée ; nous parlons ici du domaine de la santé, le projet comporte de nombreuses failles. La nature même du projet est questionnable : avons-nous réellement besoin de pansement connecté ? Il faut faire attention à ne pas tomber dans la surprotection et la dépendance à ce genre d’objets connectés. Ici ce pansement nécessite une application dédiée, il faut débourser 30 euros pour se le procurer, il n’est pas réutilisable et contient des composants électroniques (qui seront jetés après utilisation)… Est-ce là le futur dû quantified self ? Un monde où tout est connecté et nécessite une application dédiée. Nous estimons que des solutions plus malignes sont à trouver à ce sujet. Nous pouvons remercier le marketing qui produit des outils “connectés” “à toute berzingue” sans prendre en considération les conséquences. Ce type de produit est conforme à la mode actuelle où chaque innovation est parodié par des gadgets « connecté ».

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D’autre part un risque soulevé par ce pansement connecté concerne l’automédication. En effet ce principe, désigne le fait pour un patient d’avoir recours à un ou plusieurs médicaments non prescrits par un médecin ; c’est-à-dire de se soigner lui-même, sans l’aide d’un personnel soignant. Malheureusement lorsqu’elle n’est pas responsable, l’automédication peut-être une source importante de dangers. Le quantified self, ‘‘la mesure de soi « , pousse pourtant à écouter son corps et lui apporter les éléments nécessaires à son évolution (voir amélioration). Avec le quantified self l’automédication va-t-elle augmenter, faisant au passage, certainement plus de mal que de bien ? Les interrogations sont permises et les craintes bien réelles. Seul un traitement prescrit par un médecin doit être pris en compte. Préférer utiliser ce genre de pansement connecté plutôt que de consulter un médecin pourrait donc s’avérer dangereux dans le cas d’une infection grave.

Le second risque lié au quantified self est, comme pour toutes applications récoltant de la data sur son utilisateur, le problème de l’usage de cette data. Qui capte nos données de santé ? À qui sont-elles revendues ? Les données sont-elles protégées ? Disposons-nous d’un droit de retrait ? … Autant de questions que nous sommes en droit de nous poser. Ici, ces questions sont d’autant plus pertinentes que les données en question sont des données sensibles ; il s’agit d’informations sur notre santé, notre organisme ou sur nos comportements. En imaginant un scénario Black Mirror, une entreprise possédant des informations médicales sur nous pourrait les vendre à notre banque. Ces informations seraient ajoutées à notre dossier et la banque les utiliserait pour déterminer si nous pouvons oui ou non effectuer un prêt, en exploitant des informations sur notre état de santé… Un pas de plus vers Big Brother ou la surveillance intrusive.

Sans prospecté, et en se tournant vers la Chine, on voit déjà les prémices de cet espionnage de masse. Elle développe massivement l’étude des données médicales, de localisation, de comportements et d’honnêteté a du système comme l’oeil céleste qui utilise un logiciel de reconnaissance faciale directement branchée sur le système de vidéosurveillance du pays, capable de reconnaître des millions de personnes pour les localiser, connaître leurs mouvements… Plus récemment la chine est allé encore plus loins, en mettant en place un système de notation des habitants chinois basé sur leur honnêteté, de leur comportement sur les réseaux sociaux. La note influerait ensuite sur l’accès aux emplois, aux écoles, aux prêts.

Ainsi le quantified self amène à une multiplication des usages que nous ne jugeons pas toujours très pertinent (usages uniques, applications dédiées, etc.) surtout quand il faut prendre en compte les enjeux et la valeur des informations que nous partageons.

 

Conclusion

Le quantified self est à l’image de l’homme ; d’une part pour sa quête de la perfection et du dépassement de soi, d’autre part pour ses recherches sur la compréhension des sciences humaines et sociales. Le quantified self a toujours été là ; se peser ou regarder son compte bancaire avant d’effectuer un achat sont déjà des actes de quantified self. C’est l’essor de la « data » qui a amené à la multiplication des usages au travers de logiciels, d’applications et d’outils connectés. Pour l’heure, les domaines les plus concernés par le quantified self sont ceux de la nutrition et du sport. Bon nombre de petits équipements qui se portent sur soi – dits “wearable”. Très prometteur dans le domaine de la santé le quantified self n’a pas encore atteint son plein potentiel et les usages à imaginer sont nombreux.

Pourtant, à force de s’équiper en appareil électronique dans le but de se mesurer, on finit par donner ses mesures et donc des informations sensibles pouvant concerner sa vie privée, voir sa santé.

 

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