Green IT, entre croissance numérique et enjeux écologiques

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À une époque où le numérique se développe à une vitesse incroyable et prend de plus en plus de place dans nos vies privées et professionnelles, les coûts de cette croissance technologique restent trop souvent méconnus du grand public. En effet, entre obsolescence programmée et centres de données gourmands en énergie, le domaine du numérique est polluant de bien des façons. Cependant, le mouvement Green IT a vu le jour en 1992 en réaction à cet impact environnemental grandissant.

Le Green IT est un concept qui vise à réduire l’empreinte écologique, économique, et sociale des technologies de l’information et de la communication (TIC). Il consiste à prendre en compte les contraintes et les coûts en énergie des matériels informatiques, et ses objectifs sont de mesurer et d’améliorer la consommation d’énergie produite par notre environnement informatique.

Il s’agit ainsi d’une manière globale et cohérente de réduire les nuisances rencontrées dans le domaine des équipements informatiques, et ce durant l’ensemble de la durée de vie de chaque équipement : en prenant donc en compte les différents stades de fabrication (conditions abusives), d’utilisation (consommation d’énergie) et de fin de vie (gestion/récupération des déchets, pollution, épuisement des ressources non renouvelables). Ce concept s’inscrit donc plus largement dans la notion d’informatique écoresponsable ou développement durable.

Mais on peut se demander, concrètement, comment prendre en compte et appliquer le concept de Green IT dans un milieu professionnel, lié ou non au numérique ? Plus particulièrement, comment prendre en compte les coûts et les contraintes énergétiques dans son entreprise pour tendre vers le Green IT ?

 

Quels sont les enjeux du Green IT ?

Trop souvent inconnus des utilisateurs, les enjeux du numérique responsable sont pourtant nombreux et importants, que ce soit d’un point de vue social, énergétique ou matériel. Dans sa globalité, le numérique représente 2 à 6% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et participe donc autant au dérèglement climatique que l’aviation française.

En effet, la production des ordinateurs et smartphones est très polluante et gourmande en énergie : la production d’une simple puce de 2 grammes par exemple nécessite 1,6 kg d’équivalent pétrole, 32 litres d’eau, et 700 grammes de gaz [1].

De plus, pendant l’utilisation, ce sont les données également qui se trouvent être source de consommation d’énergie. Il faut tout d’abord savoir qu’internet représente 7% de la consommation électrique mondiale, tandis que le numérique en général représente 10 à 15% [2]. Les mails par exemple sont grandes sources de pollution : dans une entreprise de 100 personnes, ils représentent 13,6 tonnes de CO2 par an, soit 14 vols aller-retour entre Paris et New-York [3]. De la même façon, les clouds et services de stockage en lignes consomment beaucoup d’électricité, tout en offrant beaucoup de stockage sans inciter à faire du tri dans ses données. Ces données sont alors stockées dans des data centers, bâtiment ou lieu physique regroupant jusqu’à plusieurs milliers de serveurs informatiques. Outre la consommation électrique de ses serveurs, ces lieux sont chauffés par lesdits serveurs et nécessitent énormément de climatisation, même ils sont de plus en plus implantés dans des pays froids afin que l’air extérieur refroidisse les centres [4].

Enfin, en fin de vie, le matériel informatique génère une quantité importante de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) toxiques, 50 à 75 milliards kg en 2015 par exemple. Ces déchets sont très néfastes pour l’homme et l’environnement, particulièrement lors de la phase de recyclage des produits. Les risques sanitaires sont réels, et la biodiversité est impactée par les matériaux : en effet, 1 gramme de mercure pollue un mètre cube de terre pendant 50 ans. Et pourtant, d’après une étude de 2009, seuls 32% des 18-34 ans en France recyclent leurs déchets électronique [5].

 

Quelles sont les mauvaises pratiques ?

Saviez-vous que dans une entreprise de 100 personnes, rien que l’envoi et la réception des e-mails occasionnent autant de rejet que 13 allers-retours Paris-New York ? Saviez-vous également que les TIC (technologies de l’information et de la communication) sont responsables de 2% des émissions de CO2 ? C’est autant que l’aviation [6]! Si nous étions au courant de cela peut-être nous engagerions nous à faire plus attention. En effet, beaucoup déplorent le manque de sensibilisation et de formations au Green IT dans les entreprises, moins de 15% le faisant. Mais ce sont ces mêmes entreprises qui ne connaissent pas la répartition de leurs infrastructures. Elles sont effectivement 50% à ne pas connaître la distribution au sein de leurs serveurs virtuels et physiques [7].  En conséquence, de cette mauvaise connaissance, il est impossible de bien se débarrasser des infrastructures inutiles et de connaître l’espace de stockage disponible. Il y a globalement un très mauvais tri des ordinateurs, que ce soit simplement des dossiers obsolètes ou des e-mails jamais supprimés. Dans un autre registre, les déchets produits par les TIC sont en majorité pas ou mal recyclé [8]. Les cartouches ne sont pas triées, le papier n’est pas recyclé, les imprimantes et ordinateurs ne sont pas jetés au bon endroit… Enfin, et pas des moindres : les petits gestes. Ce sont surement ceux que l’on considère le moins mais qui ont peut être le plus d’impact. Éteindre une lumière en quittant un bureau, ne pas utiliser le mode veille, envoyer moins d’e-mails… toutes ces petites choses qui peuvent tout changer. L’utilisation de plate-formes comme Newmanity peut être un début. Elle garantit des e-mails générant deux fois moins de CO2, ce qui semble déjà énorme [9].

Mais comment aider les gens à se sentir plus concerné par le Green IT ? Tout de suite l’on pense à la sensibilisation. Malheureusement ce n’est pas quelque chose qui semble porter ses fruits. Ce qu’il faut c’est rendre le Green IT simple, accessible et même amusant. Par exemple, il existe des machines de récupération de gobelets [10], installées dans des endroits stratégiques, il suffit d’y déposer son gobelet et d’attendre de savoir si l’on a gagné quelque chose. Le changement se fera sûrement plus rapide et efficace avec ce genre de structures divertissantes et motivantes.

Mais quelles sont les vraies bonnes pratiques du Green IT ?

 

Quelles sont les solutions et bonnes pratiques ?

Afin d’initier une démarche écoresponsable du système d’information il peut être intéressant d’adopter certaines pratiques afin d’augmenter la durée de vie des postes de travail de 3 à 5 ans. Optimiser les postes de travail peut représenter un gain de 20 à 60% de la facture électrique de l’informatique d’une entreprise. Pour cela il est important de former et informer ses collaborateurs sur ses diverses pratiques. En effet quelques réglages peuvent être important dès l’acquisitions d’un nouvel appareil comme supprimer les écrans de veille dynamique, diminuer la luminosité de l’écran, optimiser la couche logicielle en supprimant les applications avec les mises à jour automatiques, désactiver les MAJ automatiques…

Certaines bonnes pratiques ne sont pas connues de tous. Saviez-vous que les écrans à tube consomment moins d’énergie que les écrans LCD ? Saviez-vous que certains logiciels peuvent automatiser et s’occuper de votre consommation informatique ? De nombreux logiciels automatisent les fonctionnalités de mise en veille et d’extinction des machines hors utilisation évitant les gaspillages liés aux usages utilisateurs. Certaines entreprises récupèrent les dégagements de chaleur des postes informatiques. C’est ce qu’a développé la PME française ”Qarnot Computing”: un radiateur fonctionnant avec des processeurs informatiques [11]. À savoir que quatre ordinateurs tournant à plein régime suffisent à chauffer une pièce. “Synexsys” quant à elle peut héberger vos applications sur leurs serveurs qui se trouvent dans le datacenter le plus récent et le plus performant. Tandis que “Greenspector” vous permet d’optimiser au maximum vos applications afin de contrôler sa consommation d’énergie [12]. Certaines entreprises ont déjà adopté ces pratiques.

Prenons l’exemple d’Apple. En 2018, 100% de l’électricité utilisée (que ce soit pour les installations ou pour IMessage, FaceTime et Siri) provient à 100% d’énergie renouvelable (éolienne, solaire ou issue de piles à combustible au biogaz). La fabrication des appareils Apple représente 77% de leur empreinte carbone, ils se tournent vers des matériaux à plus faible empreinte carbone comme l’aluminium. Cette ressource fait appel à l’énergie hydroélectrique, elle réintègre des déchets d’aluminium. Depuis 3 ans Apple a réduit leurs émissions de 83% pour chaque gramme d’aluminium contenu dans un Iphone [13].

 

En conclusion, on sait aujourd’hui que les TIC ont un impact considérable sur notre planète. Il s’agit maintenant d’agir et de se sentir tous concernés. Beaucoup de logiciels et de autres outils de sensibilisations ont été mis en place en faveur du Green IT. En revanche, le changement devra se faire au sein des entreprises mais également à échelle individuelle.

 

Article rédigé par Lucie MARÉCAILLE, Manon LEVERRIER  et Justine VIOT, étudiantes du bachelor design d’interactivité 3e année dans le cadre du module Revue de veille – groupe I3B animé par Florent MICHEL.

Sujet lié aux problématiques du CARE Design Lab, avec la participation de Simon BOUSSARD.

 

Pour plus d’information sur la formation :

Facebook  : https://www.facebook.com/interdsgn

 

 

 

“Green IT: cap sur l’informatique durable?” lexpansion.lexpress.fr – date de publication : 11 avril 2018 [1]

“Clicking Clean” www.greenpeace.org – date de publication : 10 janvier 2017 [2]

“La face cachée du numérique” www.ademe.fr – date de publication inconnue https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-face-cachee-numerique.pdf [3]

“Numérique et écologie : les data centers, des gouffres énergétiques ?” www.sciencesetavenir.fr – date de publication : 9 mars 2018 [4]

“Déchets d’équipements électriques et électroniques” www.wikipedia.org – date de publication inconnue. [5]

Green It : cap sur l’informatique durable ?www.lexpress.fr – date de publication : 11/04/2018. https://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/green-it-cap-sur-l-informatique-durable_1999098.html [6]

Un baromètre des pratiques Green IT en Francewww.ace-si.com – date de publication inconnue. https://www.ace-si.com/un-barometre-des-pratiques-green-it-en-france/ [7]

Écoconception d’un service numériquewww.greenit.fr – date de publication : 7 octobres 2017. https://collectif.greenit.fr/2017-10-ParisWeb-CollectifCNR-atelier-web_ecodesign-v1.2.pdf [8]

Newmanity, le webmail qui veut décarboner vos e-mailswww.usine-digitale.fr – date de publication : 27 novembre 2015 https://www.usine-digitale.fr/article/newmanity-le-webmail-qui-veut-decarboner-vos-e-mails.N364919 [9]

Le recyclage des gobeletswww.lemontri.fr – date de publication inconnue. https://lemontri.fr/le-recyclage-des-gobelets/ [10]

Les radiateurs informatiqueshttps://www.journaldunet.com/ – date de publication inconnue. https://www.journaldunet.com/economie/energie/1136543-les-10-technologies-de-demain-pour-recuperer-l-energie-perdue/1136550-radiateurs-informatiques [11]

Greenspectorhttps://greenspector.com/fr/ [12] – date de publication inconnue.
L’impact d’Apple sur l’environnementwww.apple.com – date de publication inconnue. https://www.apple.com/fr/environment/climate-change/ [13]

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