Chaumont à l’affiche

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Au coeur de la ville de Chaumont.

À l’origine de ce festival international de l’affiche, un homme : Gustave Detailly. Député haut-marnais et collectionneur acharné d’affiches et d’imprimés qui regroupe une collection de plus de quinze milles documents, légués généreusement à la ville de Chaumont lorsqu’il décède en 1906. Ce n’est qu’au cours des années 80 que la ville décide de les recenser et de les restaurer. Chaumont découvre alors l’ampleur et les étonnants trésors qui composent cette importante collection. Fraîchement sorties des placards, ils y découvrent les plus grands noms du graphisme et de l’affiche de l’époque dont Jules Chéret, Eugène Grasset, Henri de Toulouse-Lautrec, Jules Grün, Leonetto Cappiello…. (pour ne citer qu’eux, bien évidemment). De quoi faire pas mal d’envieux. Neuf années s’écoulent avant que la ville de Chaumont ne lance la première édition de son festival qui est aujourd’hui reconnu internationalement. Son ouverture n’est alors qu’un prétexte pour favoriser, non seulement la diffusion, mais aussi la valorisation de ce patrimoine impressionnant. En 1994, c’est l’inauguration des Silos, maison du livre et de l’affiche. Ancienne coopérative agricole qui permet au public chaumontais et avoisinant de profiter et de découvrir les livres mais aussi des écrits et surtout le graphisme. Des ateliers de production, multimédias et de sérigraphiques sont installés tout au long de l’année au rez-de-chaussée ce qui permet d’accueillir des groupes scolaires, associations, étudiants et professionnels. Sont également proposés bon nombre d’expositions, conférences, ateliers et résidences de graphisme. Chaque année, depuis le lancement du festival, la ville rassemble pour une période de quinze jours, affichistes, designers graphiques, amoureux de typographies, adeptes des arts graphiques, étudiants, professionnels et amateurs. L’accès se veut libre et ouvert  tous.

La ville de Chaumont.

La ville de Chaumont.

Il y a quelques jours maintenant s’est tenue la 22e édition. Au programme de ces deux semaines, workshops, colloques, salons professionnels, visites guidées, ateliers, spectacles, concerts, remises de prix, interventions dans l’espace public, et manifestations associées. Un bien bel évènement qui se ponctue également par l’ouverture du concours international d’affiche. Les professionnels du graphisme du monde entier sont invités comme chaque année à participer et proposer leur approche personnelle autour d’un thème imposé, décliné sur le support affiche. Chacun a la possibilité d’envoyer une à cinq compositions. Quelques unes d’entre elles sont sélectionnées par un jury de professionnels et montrées au grand public. Celles qui n’ont pas su séduire le jury sont quant à elles conservées par la ville qui détient, vous l’imaginez depuis toutes ces années, une considérable collection.

Une proposition d'affiche du concours international.

Une proposition d’affiche du concours international.

Autre proposition d'affiche du concours international.

Autre proposition d’affiche du concours international.

Grand gagnant du concours international de l'affiche.

Grand gagnant du concours international.

Les étudiants en art, design et communication peuvent également participer à un autre concours qui n’a d’autre nom que le concours étudiant (tout simplement). Cette année, le texte ouvert était à l’honneur. Cette épreuve était tournée bien évidemment sur l’affiche mais aussi vers les multiples supports et médias qui font le design graphique d’aujourd’hui et de demain (mises en page, identités visuelles, signalétique, scénographie, écrans, vidéos, productions interactives, packaging…), de quoi trouver chaussure à son pied. Thème repris au cours de la semaine de workshops organisée en amont du weekend d’inauguration. Les étudiants se réunissent par groupe de sept, réfléchissent et travaillent à la réalisation d’affiches, exposées aux Subsistances.

Sélection du jury des affiches du concours étudiant.

Sélection du jury d’affiches du concours étudiant.

Les affiches françaises sont aussi à l’honneur. Seulement une dizaine ont été sélectionnées mais restent à l’image de la qualité du graphisme en France.

Affiches de Paul Cox.

Affiches de Paul Cox.

La ville est donc investie ponctuellement par les différents lieux d’expositions qu’elle offre au public mais pas seulement… En effet, tout le monde se prend au jeu et également les commerçants qui ont laissé leurs vitrines au studio bordelais Gusto (présidé par les deux graphistes, illustrateurs et dessinateurs de caractère : Jack Usine et Fanny Garcia). Les vitrines se retrouvent réactivées en offrant par les lettres dessinées, les variations de formes et d’échelles une nouvelle interface entre le commerce et l’extérieur. Les commerces ne sont pas les seuls à avoir participé au festival. Effectivement, les nombreux visiteurs ont pu laisser éclater leur créativité. La ville de Chaumont a soigneusement entreposé, à proximité de la Chapelle des Jésuites, une multitude de carrés d’aggloméré, peints en rouge (à l’image de l’affiche produite pour l’événement). Libre au public et à leur expressivité pour disséminer dans toute la ville ces quelques morceaux. Un exemple parmi d’autres de l’imagination de nos amis graphistes.

Un joli petit oiseau réalisé avec ces carrés d'aggloméré.

Un joli petit oiseau réalisé avec ces carrés d’aggloméré.

Côté culturel, l’équipe du festival présente plusieurs expositions. Tout d’abord, le style Olivetti, aux Silos. Rétrospective de commandes graphiques d’Olivetti. La firme italienne retrace notamment l’évolution de la machine à écrire et son usage. Plusieurs autres travaux de Giovanni Pintori, Walter Ballmer et Milton Glaser mais aussi Ettore Sottsass ( créateur de la Valentine avec Perry King), Herbert Bayer, Raymond Savignac, et Jean-Michel Folon.

Expositions aux Silos du

Expositions aux Silos du « Style Olivetti ».

Ensuite, Ed Fella que l’on retrouve à l’espace Bouchardon. Le rez-de-chaussée était consacré aux différentes techniques et prouesses imprimées, proposant un éventail de créations graphiques contemporaines emblématiques.

Points de trame. Rez-de-chaussée de l'espace Bouchardon.

Points de trame. Rez-de-chaussée de l’espace Bouchardon.

Le premier et dernier étages étaient dédiés au fabuleux travail d’Ed Fella. Parcours autour de ses multiples travaux. Mise en abîme de son talent. Force de constater sa maîtrise des divers matériaux qu’il utilise ( crayons de couleurs, feutres, bics, photographies…). Une qualité de trait et d’originalité à en faire pâlir plus d’un.

Polaroïd réalisés par l'artiste Ed Fella.

Polaroïd réalisés par l’artiste Ed Fella.

Travaux de compositions typographiques d'Ed Fella.

Travaux de compositions typographiques d’Ed Fella.

Dessins d'Ed Fella

Dessins d’Ed Fella.

La Chapelle des Jésuites fut assiégée par une troupe de joyeux lurons musicaux. Chants, musiques, instruments, déguisements farfelus.

Artistes, musiciens farfelus qui ont pris possession de la Chapelle l'espace d'un instant.

Artistes, musiciens farfelus qui ont pris possession de la Chapelle l’espace d’un instant.

L’on pouvait y voir surtout la présence du studio néerlandais Lust. L’installation consistait à mêler les précédentes éditions du festival (en reprenant les affiches les plus célèbres diffusées sur deux écrans géants disposés le long des parois de la chapelle) et la technologie numérique (images se déplacent en fonction du mouvement du visiteur). Chacun des écrans produisant des images tour à tour différentes, instantanément imprimées et envolées dans les airs pour atterrir au sol. Libre au public de prendre l’une d’entre elle et de l’apposer sur le mur à l’aide de scotch mis à disposition.

Feuilles imprimées lors de l'installation à la Chapelle des Jésuites du studio néerlandais Lust.

Feuilles imprimées lors de l’installation par le studio néerlandais Lust.

À l’honneur, à la Fabrique, les jeunes professionnels du graphisme. Ce lieu recueillait un certain nombre d’installations disposées en “box”. À chaque box son univers. Le visiteur est ici acteur de l’exposition. Feutres, bracelets, crayons, SMS, lumières, confessions, pardon, messages tout est fait pour s’amuser, jouer et participer. Il est indispensable de laisser dans ce lieu sa trace. Quelques affiches y sont exposées.

À lire attentivement...

À lire attentivement…

Un SMS envoyé, aussitôt projeté sur un écran.

SMS envoyé, aussitôt projeté sur un écran.

Atelier découpage de rhodoïds colorés. Seconde étape dans une chambre noire. Retour en enfance garantit.

Atelier découpage de rhodoïds colorés. Seconde étape dans une chambre noire. Retour en enfance garantit.

Écrire, dessiner, déchirer comme bon vous semble. Objectif : se défouler.

Écrire, dessiner, déchirer comme bon vous semble. Objectif : se défouler.

Ne reste qu'à tendre votre bras, relever votre manche et vous laisser accrocher le fameux bracelet

Ne reste qu’à tendre votre bras, relever votre manche et vous laisser accrocher le fameux bracelet « Pardon Chaumont! ».

Affiche étudiante.

Affiche étudiante.

Autre affiche étudiante.

Autre affiche étudiante.

Jeux de hauteurs. Lettres découpées dans du polystyrène. Le message est à lire en hauteur.

Jeux de hauteurs. Lettres découpées dans du polystyrène. Le message est à lire en hauteur.

Et enfin 13 à cheval (joli jeux de mots). De nombreuses affiches dressées dans les espaces publics de la ville de Chaumont. Une vraie chasse aux affiches…Dispersées dans quatre lieux différents : la Rochotte, le square Philippe Lebon, le boulevard Gambetta et les Subsistances. Collées sur des colonnes bleues, sortes de tubes en béton sur lesquels la ville appose quotidiennement de nouvelles affiches, dues aux dégradations et actes volontaires. Le principe repose également sur ce système de collages successifs puisque treize graphistes se sont portés volontaires pour la conception d’une affiche grâce aux procédés sérigraphiques.Tous les jours, le public découvre une nouvelle facette, une nouvelle couche, qui précise petit à petit l’affiche finale.

Affiches sur les colonnes de béton bleues.

Affiches sur les colonnes de béton bleues.  » 13 à cheval ».

En clair, il est impensable, lorsque l’on met un pied dans le monde du graphisme de passer à côté de ce rendez-vous. Prenez note pour l’an prochain, il est trop tard malheureusement pour cette année mais réservez-vous quelques jours pour ce festival. Qui a dit que la curiosité était un vilain défaut? Merci à Anne Delfaut, Florentin Bernard, Chloë Haurogné, et Romain Tesson pour leurs photographies.

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