Voyage au pays du loin

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Ecrire un rapport d’étonnement sur l’Inde prendrait sûrement plus de temps et de place que ne le permet un article de blog. La culture de ce pays étant, sur bien des points de vue,  à l’opposé de notre mode de vie occidentale, la curiosité et la surprise se présentent à presque chaque coin de rue. C’est pourquoi le meilleur moyen pour nous de partager notre expérience est de transmettre une infime partie de ce que nous avons pu vivre lors de notre séjour en Inde. Comme dans un film, le scénario défile à travers les vitres du bus. Bien sûr vous pourriez prendre un rickshaw mais une compétence de négociation est nécessaire. En effet vous ne serez jamais sûr que la somme que vous donnerez à la fin de votre course soit la bonne. Le bus est plus sûr et moins cher. En moyenne, quinze fois moins cher qu’en France. Pour un trajet à treize roupies indiennes en bus vous pouvez compter 250 roupies pour le même trajet avec les autos triporteur. Encore reste-il à savoir quel bus prendre, où le prendre et quand? Vous savez, par habitude occidentale que pour prendre un bus il faut vous rendre à un « arrêt de bus », qui est en fait un emplacement au bord de la route dédié à l’arrêt du bus pour permettre au passager de monter dans celui-ci. Toujours par habitude vous savez qu’à ce même arrêt de bus vous trouverez un affichage avec les horaires et le nom des bus qui s’y arrêteront. Oubliez tout ça, ici vous êtes en Inde, un pays en voix de développement et par conséquent, un pays où ce genre de préoccupation n’est pas encore d’actualité. La meilleure solution qu’il vous reste est donc de demander conseil à votre voisin. Un Indien de classe moyenne qui prend tous les jours le même bus et qui ne sait pas plus que vous celui que vous devez prendre pour vous rendre à l’endroit que vous désirez aller. Ne vous en faites pas, il va vous répondre avec un ton solennel : « c’est par là » en vous indiquant vaguement une direction de la main. Toujours sans certitude du lieu exact où prendre le bus, vous restez là à interroger chaque chauffeur qui passe sur sa destination. Une fois trouvé le bon bus qui ne fait parfois que ralentir, plus qu’une chose à faire, courir pour l’attraper ! Oui c’est du sport, mais ce n’est pas grave, ça ne peut que faire du bien. Si vous êtes un homme, vous savez d’avance que vous devez vous installer à l’arrière du bus et laisser la place assise aux femmes. (Tout comme le métro de Delhi qui réserve deux rames de train aux femmes). A remarquer donc que les coutumes indiennes en la matière de courtoisie ne sont pas à déplorer. Vous voila maintenant installé, le contrôleur intervient et vous demande où vous désirez vous rendre. En effet vous payerez pour le trajet que vous allez effectuer. Cela vous permettra en outre de savoir si vous êtes dans le bon bus. Droite, gauche, un dos d’âne, le chauffeur freine! Rengrenant sa route, il passe sur un nid de poule, aïe ma tête! Correctement installé dans votre fauteuil vous commencez à regarder lascivement par la fenêtre du bus filant à toute vitesse. C’est alors que le spectacle s’offre à vous. En premier lieu, vous remarquez les arbres exotiques qui s’élèvent sur le bord de la route et entre les habitations insalubres. Ensuite, les panneaux d’affichages, immanquables de part leur nombre impressionnant et leur gigantisme. Ils vous vendent du TATA DOCOMO, NIKE, TATA Indicom, Cricket WORLD CUP, TATA…, TATA ? Site internet Tata Ce nom vous évoque vaguement quelque chose. C’est normal, vous avez pu le voir inscrit sur un packaging de thé ou encore sur la carte sim du téléphone que vous avez acheté en arrivant. TATA était aussi sur l’enseigne de la station service que vous avez dépassé quelques minutes plus tôt, et croyez moi le bus dans lequel vous roulez est un TATA.

tata bus

Tata bus

En effet, vous apprendrez par la suite que TATA est en fait la première entreprise Indienne. Le groupe TATA compte à lui seul sept secteurs d’activités complètement différents les uns des autres (information et télécommunication, ingénierie, énergie, agro-alimentaire, services, …). TATA est le deuxième groupe de production de poudre de soda dans le monde et représente à lui seul, plus de 90 entreprises. Il exporte dans plus de 85 pays à travers le monde, pour un chiffre d’affaires l’an passé de plus de 67 milliards de dollars US, en employant plus de 395 000 personnes. Depuis 1867 ce groupe dit s’appuyer sur des valeurs patriotiques et nationalistes indiennes. TATA est à l’origine de nombreux secteurs d’activité en Inde comme l’ingénierie ou le raffinement des ressources fossiles. De la même façon, ce géant indien investit aussi les écoles et met en place de nombreuses structures visant à rendre actives les futures générations d’indiens. La part des services de télécommunication tient une place importante au sein de TATA. Le groupe est en effet le premier revendeur de services de télécommunication dans le monde depuis 2007 avec une idée simple : une ligne mobile pour tous ! C’est ainsi que la grande majorité de la population indienne à pu s’équiper de mobiles sans passer par le téléphone fixe. La construction automobile est elle aussi un secteur d’innovation et de développement important pour le groupe. TATA est à l’origine de la TATA nano qui est encore à l’heure actuelle le véhicule le moins cher sur les routes dans la gamme des voitures citadines. Lien blog sur les moyens de transports en Inde En parlant de véhicule, nous ne pouvons pas oublier de parler du trafic infernal. Par exemple, Delhi, la capitale, est la 4ème ville la plus polluée du monde selon l’OMS « A Delhi, la quantité de particules en suspension se situe entre 150 et 200 microgrammes par m3, presque deux fois plus que la limite des 100 microgrammes prescrite par le centre scientifique de contrôle. » En 1998, pour combattre cela, la cour suprême d’Inde a engagé une réforme faisant passer tous les bus gouvernementaux et les rickshaw au gaz naturel comprimé. La DTC (Delhi Transport Corporation) est désormais responsable du plus grand parc de bus « verts » au gaz naturel au monde. Avec le réseau de métro, cela représente une très grande avancée dans une démarche de développement durable, mais qui pour l’instant reste une goutte d’eau dans l’immense pollution générée par l’Inde et ses grandes agglomérations. Il existe aussi dans ces grandes villes, à cause d’un trafic extrêmement dense, une énorme pollution sonore avec un concert de klaxon ininterrompu. Même si le feu est rouge, un petit coup de klaxon ne leur fait pas de mal. Nous pouvons donc aussi parler de leur rapport à l’environnement. Malgré quelques tentatives de la part des autorités,  le manque d’éducation quand au traitement des déchets conduit à voir à travers l’Inde une perpétuelle et constante présence de déchets sur les routes, les chemins et les places. Il est de rigueur par exemple en prenant le train ou le bus de tout simplement jeter la bouteille de plastique vide par la fenêtre. Rien où presque n’est fait pour le tri des déchets, les populations les plus pauvres ne se préoccupent même pas de placer les ordures dans un bac, ils se contentent de les  jeter dans la rue.

use me

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En ce qui concerne les populations moyennes ou un peu plus aisées, l’utilisation de la poubelle est plus répandue, mais il n’existe aucun moyen pour eux de trier puisque qu’ils ne possèdent qu’un seul container.  L’ensemble des déchets finit donc  dans d’immenses décharges  où les petites mains viennent récupérer plastiques, métaux… Les éléments pouvant nourrir les nombreux animaux « sauvages » comme les chiens de rue ou les vaches sont mangés. Quand au reste, il est simplement brulé, laissé à pourrir, ou dans le meilleur des cas ramassé par les personnes chargées de récupérer les ordures. Inévitablement les eaux en subissent les conséquences. On peut s’intéresser plus particulièrement au Gange, fleuve le plus médiatisé de l’Inde, mais il faut savoir qu’une pollution générale est constatée dans la majorité des cours d’eau Indiens. Le fait de rejeter directement les eaux usées et d’abandonner quotidiennement  un très grand nombre de restes humains et d’animaux au fleuve sacré après les crémations (qui ont lieu quasiment 24h sur 24 pour la ville de Varanasi) provoque un taux de pollution extrêmement élevé. Face à de nombreux constats catastrophiques, les autorités ont bien tenté deux ou trois opérations, mais sans réel succès. La ferveur religieuse, la pauvreté et/ou le manque d’éducation ne permettent pas d’obtenir de résultats concrets. Les habitants se lavent les dents et le corps, lavent leur vaisselle et leur linge dans cette même eau où 50m plus loin les reste des cadavres ou même les cadavres entiers sont jetés.

Cadavre de vache flottant dans le Gange - Varanasi

Cadavre de vache flottant dans le Gange – Varanasi

Femmes faisant sa toilette dans le Gange - Varanasi

Femme faisant sa toilette dans le Gange – Varanasi

Pour prouver l’inefficacité des actions menées: il a été introduits des milliers de tortues nécrophages afin de dévorer les cadavres insuffisamment brûlés, mais les  animaux ont été capturés et consommés par les Indiens les plus pauvres… Liens articles sur la pollution du Gange: Le Télégramme et blog les deux voyageurs Avant d’agir pour éradiquer ces différents types de pollution,  avant d’essayer de mettre en place des solutions « design »  dans quelques domaines que ce soit, il semble donc essentiel d’éduquer les générations futures et essentiellement les plus pauvres. Mais pourquoi pas éduquer par le design ? Dans un autre registre, et pour évoquer le savoir-faire indien en termes d’habitation, on peut aussi s’intéresser à l’utilisation des matières fécales de vaches ou de chameaux (selon les régions). Elles  peuvent servir de combustible ou d’isolant. Une fois séchées, l’odeur est inexistante, et la qualité isolante est plus que satisfaisante. Les indiens en font des galettes qu’ils laissent sécher pour ensuite les appliquer sur les toits et les murs. En été et dans certaines villes, la température peut atteindre jusqu’à 45°C, il est donc nécessaire de se protéger de la chaleur écrasante. Ayant visité des maisons isolées (sol – mur – plafond) à la crotte de chameau, la différence de température avec l’extérieur est plutôt impressionnante.

Préparation des galettes de bouses - Varanasi

Préparation des galettes de bouses – Varanasi

Pose des galettes pour l'isolation

Pose des galettes pour l’isolation – Varanasi

Forte d’une très grande richesse culturelle et artisanale, l’Inde sera sans aucun doute une puissance économique incontournable dans les années à venir. L’éducation est à nos yeux la clé pour amener ce pays vers un avenir remarquable. Sab kuch milega Florian Butour // François David

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