T. Hammoudi : Morpholab, rendre les mécanismes complexes du territoire intelligibles

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Les étudiants de l’École de design Nantes Atlantique ont croisé leur expérience et leur savoir-faire avec les étudiants de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes dans le cadre de la chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI le temps du projet « Espaces cartographiés ». En s’appuyant sur la méthode et l’approche innovante du Morpholab, les étudiants ont collecté et cartographié des données issues du territoire nantais dans la perspective de les rendre signifiantes et opérantes dans les processus de conception d’espaces et de services. Tewfik Hammoudi, architecte et membre du Morpholab nous parle de la démarche innovante menée par cette équipe de recherche indépendante au sein de l’École Nationale d’Architecture de Nantes et de l’intérêt du regard croisé avec le designer.

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– Quelle est la méthode de travail de Morpholab ?

Morpholab est convaincu qu’il n’ y’a pas de modèle de la ville du futur mais qu’une modélisation de ses multiples réalités reste non seulement possible mais nécessaire. Nous nous inscrivons en faux à la fois par rapport aux technophiles qui pensent que la ville est une simple accumulation d’objets technologiques et aux romantiques qui la considèrent comme une boîte noire impénétrable dont seuls  quelques experts, intellectuels et édiles possèdent les clés. MorphoLab a choisi plutôt d’investiguer de nouveaux outils, à la fois conceptuels et techniques, afin de rendre les différents mécanismes complexes de la ville et du territoire intelligibles aux citoyens et à tous leurs acteurs. Pour ce faire, nous avons abandonné l’approche traditionnelle et académique par silos et secteurs séparés et les études par thématiques pour développer une démarche systémique intégrant toutes les ressources numériques et fondée sur des cartographies exhaustives des territoires. A l’instar des naturalistes et des projets de séquençage du vivant, nous travaillons à l’élaboration d’un modèle abstrait de classification et de hiérarchisation qui nous permet de recueillir et de partager les multiples traces des réalités territoriales, de faciliter leurs cartographies et leurs visualisations.

– À quoi peuvent nous servir ces cartographies de données ?

Cartographier le territoire grâce à ses données c’est, dans un premier temps, le comprendre finement et d’une manière dynamique. D’autre part, il s’agit de le faire à partir de ce qui le manifeste et non plus à travers des moyennes et des idées préconçues. Construire ces nouveaux outils offre la possibilité d’une co-constrution des représentations des réalités qui façonnent nos espaces de vie afin d’en faire un projet commun. D’un autre coté, la mise en place par les villes de bases de données intégrées et de plateformes de téléchargement des données ouvrira la voie à toute sorte d’initiatives et innovations citoyennes. Enfin, l’accessibilité du citoyen à toutes les données qui concernent son territoire c’est la garantie d’en faire non seulement un acteur informé mais aussi responsable.

– Comment le numérique redessine la ville ?

La révolution numérique que nous vivons travaille la ville à différents niveaux. D’abord dans la définition de ses limites. La ville n’a plus ses limites comme jadis, à ses murailles et enceintes, ni même comme naguère par ses limites administratives. Ses limites sont désormais, grâce à un réseaux Monde, fluctuantes, complexes et se transforment au fil du temps. C’est une réalité nouvelle où le local et le global sont enchevêtrés et en interaction constante. L’autre impact du numérique consiste dans le fait de faire de la ville, pour la première fois depuis la révolution urbaine, il y a six mille ans, un vrai projet du collectif. C’est à dire un projet où la majorité des citoyens peuvent être partie prenante, où une intelligence collective sera la source de toutes les décisions qui fabriquent la ville. D’où une ville qui n’est plus seulement le projet d’une minorité, politiques ou experts. Un changement radical s’opère aussi dans les outils techniques de son dessin. Jusqu’à hier on édifiait la ville à partir d’une idée préconçue, utopique ou utilitaire et on la projetait dans des formes avec un dessin de composition. Elle était donc la même partout. Elle était grecque, romaine, renaissance, moderne, fonctionnaliste ou romantique… Désormais, elle peut être singulière. En mobilisant ses resources numériques dynamiques actuelles qui décrivent nos pratiques et nos usages, en les croisant avec ses traces successives les plus profondes et anciennes, nous révèlerons ses singularités intrinsèques. Dès lors, nos projets seront plus adaptés à chaque territoire et en interaction permanente avec ses citoyens, nos dessins des conformations incessantes à partir de formes préexistantes.

– Quel est l’intérêt de collaborer avec la chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI et de croiser le regard de l’architecte avec celui du designer ?

La démarche de Morpholab est constitutivement transdisciplinaire. Nous pensons que la complexité de la ville invite à une modélisation complexe impliquant donc d’une manière dynamique l’ensemble des acteurs. Il faut nous départir des approches en silos et de l’addition des expertises. Nous collaborons déjà avec des géographes, des informaticiens, des mathématiciens, des physiciens, des sociologues, des philosophes, des anthropologues, des linguistes… Avec des designers ça nous parait encore plus crucial, car, face à cette exceptionnelle masse de données que génère la ville, au moins deux défis nous semblent importants à relever ensemble : le premier est celui des interfaces. Sans interface adaptée et ergonomique qu’elle soit dans le hard ou dans le soft nous n’aurons jamais accès à cette richesse des données et donc aucune intelligibilité possible du territoire. Le second est celui du déploiement des multiples potentialités d’un territoire à partir de sa description exhaustive par les données, en nouveaux services, en dispositifs d’accompagnement des nouvelles pratiques, en moyens de médiations technologiques avec le corps et la société.
La collaboration entre la chaire Environnement connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI et MorphoLab de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes paraît à cet effet comme impérative, prometteuse en innovations.

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