Retours sur l’apéripitch « La ville créative, durable et connectée »

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Le 26 mai 2016, le Cluster du Quartier de la Création a organisé un apéripitch dédié aux innovations et expérimentations dans les domaines de la Ville créative, durable et connectée, dans le cadre du programme d’animation de la communauté créative portée par la SAMOA sur la thématique « Ville créative, durable et connectée ».

Lors de cette soirée, les participants ont eu l’occasion de découvrir des projets stimulants dans les domaines de la Ville créative, de l’environnement et des objets connectés, du design d’éclairage et de l’habitat intelligent. Au-delà d’échanger de façon conviviale avec les acteurs du sujet, un des objectifs de l’événement est de créer du lien autour de l’Île de Nantes, un grand projet urbain unique en Europe qui a l’ambition de devenir un territoire d’expérimentation « City lab » de référence.

Dans ce contexte, l’enjeu pour la SAMOA-Cluster du Quartier de la Création est de fédérer et de structurer une communauté créative « pilote », sur un périmètre différenciant de « Ville créative durable et connectée », afin de faire émerger des projets d’innovations collaboratifs et de déployer des expérimentations in situ et in vivo sur le territoire de Nantes Métropole, dans une optique de « City lab ».

Morceaux choisis.

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Ville créative, durable et connectée ? – Par Florent Orsoni, directeur de la chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI et directeur du Design Lab Ville durable à L’École de design Nantes Atlantique

Nous allons ici tenter de définir ce qu’est la ville créative, durable et connectée. Nous avons beaucoup d’éléments pour définir la ville, elle ne se réduit pas à une simple définition, à un « label ». La réalité est toujours plus complexe et poser une étiquette « ville durable, smart, collaborative, créative » est certes pratique, mais toujours réducteur. En fait, ces différentes définitions nous donnent un horizon à atteindre et on a besoin d’utopies pour avancer dans une direction.

Cependant, il y a actuellement dans ces éléments de définitions un élément réel : c’est le concept de ville connectée. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, les objets, les systèmes et les gens sont de plus en plus connectés (smartphone, internet des objets…). L’idée est alors d’établir un dialogue entre ces différents éléments pour passer de la ville connectée à la ville intelligente. Dans sa conception originelle, la « smart city » s’emploie à faire en sorte que ces dialogues s’établissent de manière automatique, de la machine à la machine à des fins écologiques (programme « smarter planet », d’IBM). Il est évident que la réalité nantaise est fort éloignée de cette vision.

Ainsi, ce n’est pas seulement cette réalité qui est embrassée par l’approche de la « smart city à la nantaise ». La ville que l’on appellerait « collaborative » consisterait à faire en sorte que ces machines servent à des fins de collaborations humaines. Mais on peut parler, à propos de la ville de Nantes, de ville créative, concept développé par Charles Landry et dont Nantes constitue, pour Landry lui-même, un exemple. Dans le défi de la ville créative, ce qui est intéressant, et qui rejoint la notion de « quartier pilote » développée par la SAMOA, c’est la notion de « can do », c’est-à-dire d’expérimentation.

C’est dans ce contexte que nous avons mis en place le Hackathon à « La Centrale », qui a été inauguré la semaine dernière et la démarche Living Lab. Nous avons à la fois travaillé au dialogue des machines mais aussi au dialogue entre les individus (avec la borne Clear Channel). Il s’agit de créer des « systèmes urbains cognitifs » entre les différents tiers-lieux du territoire, et du lien entre les usagers de La Centrale. Ce dialogue se poursuit sur le parking où la clôture LIPPI, qui devrait être mise en place prochainement, permet de travailler sur l’occupation des parkings et la capacité d’avoir de nouvelles surfaces extérieures quand un événement ponctuel se présente. Enfin, le projet Lumi permet le dialogue entre la façade et les riverains et participe à favoriser la mutation et la nouvelle identité du lieu. La SAMOA a eu l’audace de mettre en oeuvre ces différents dispositifs.

La façade extérieure permet de guider et d'informer les usagers

Optimiser les usages du parking

Mais ce qu’il faut particulièrement retenir de cette notion de « can do » c’est la démarche Living Lab. Aujourd’hui, nous n’avons aucune certitude que ces différents éléments fonctionnent vraiment. Il faut donc pouvoir le mesurer avec des indicateurs quantitatifs et qualitatifs, développer ces éléments dans un « système ouvert » en vue de les améliorer. Cette démarche ressemble à ce que l’on peut retrouver dans les applications pour smartphone, on pourrait ainsi parler de « City Apps« , de choses qui pourraient être reprogrammables, améliorables dans une optique de système ouvert. C’est dans cette approche qu’on été développées les différentes applications par XLII Factory (voir dessous) qui sont modifiables et améliorables.

C’est ainsi que Nantes définit un modèle qui lui est propre, avec cette notion d’expérimentation et d’amélioration continue. Reste à voir les leçons que nous allons tirer de ces différentes expérimentations.

Une démarche de design d’éclairage en milieu urbain – Isabelle Rolland, architecte, RICH designers

Isabelle Rolland, architecte, et Christophe Hascoët, designer, fondateurs de RICH designers, sont des spécialistes du design lumière. Ils travaillent depuis 20 ans en croisant leurs expériences en architecture, graphisme, design et éclairage. Ils ont ainsi développé une spécificité orientée vers la mise en lumière architecturale, intérieure et extérieure, et le développement d’objets éclairants.

Le projet du Souk Entertainment Center de Beyrouth (Liban) s’inscrit dans cette philosophie. Cet habillage de la façade d’un cinéma multiplex dans une ville en reconstruction est une expression de ce qu’est la ville créative, par sa capacité à surprendre et animer une façade de la ville. Le bâtiment devient ainsi une source d’expression dans la ville. Les façades s’animent alors comme une texture évolutive qui s’allume tranquillement à la tombée de la nuit, mais qui brille naturellement durant le jour avec les rayons du soleil. « De cette façon, on profite de l’écran du Souk Entertainment Center pour ramener la nature dans la ville où les espaces verts sont peu nombreux ».

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Avec le thème des quatre saisons, cette texture mouvementée reprend les tonalités de lumière chaude du quartier. Une façon de sublimer un espace en créant un nouveau dialogue entre les usagers et le bâtiment. Cette ville créative doit pouvoir interroger, surprendre et émerveiller. 
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Midir : un objet connecté d’un nouveau genre – Valentin Gauffre, designer, fondateur de XLII Factory

Midir est un projet porté par le laboratoire Arts & Technologie de Stéréolux (Nantes, France) et développé au sein de la chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI. Midir (du nom du dieu celte de l’ Education) est une solution numérique ouverte (open source) pour accélérer et faciliter le prototypage d’environnements connectés et favoriser l’interdisciplinarité (design et ingéniérie). Ces capteurs permettent de mesurer la température, l’humidité, la pression sonore, la luminosité et la proximité (le passage). Le projet Midir peut être assemblé entièrement à partir de modules disponibles dans le commerce. La clé de ce concept réside donc dans sa simplicité. Midir permet de nombreuses applications et services en croisant des données. Des possibilités de services ont été prototypés au China Studio de L’École de design Nantes Atlantique en partenariat avec la chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI. Ce sont ainsi plusieurs sortes de services ou de mises en relation qui ont pu être testées (par exmple en rapport avec l’optimisation de l’espace).

La question de la représentation des données, du déploiement d’autres services possibles et le design de l’objet sont encore en cours. Une des particularités de ce capteur est d’avoir été conçu en particulier pour préserver la confidentialité et l’anonymat des personnes, le projet se voulant éthique. Il faut donc particulièrement soigner leur positionnement afin de ne pas localiser précisément les individus et garantir un anonymat : la dimension éthique est fondamentale dans l’approche et un vrai savoir-faire doit se développer autour de la pose des capteurs.

Transition énergétique, big data et habitat intelligent – Sylvain Mauger, Energies Perspectives (EP)

Energies Perspectives (EP) s’est donné pour mission de simplifier la gestion de la maison. Pour se faire, la société a développé une solution intelligente indépendante et collaborative : Izigloo. En tapant son adresse sur Izigloo, l’utilisateur a accès à tout un set de données concernant son quartier et son logement. La société Energies Perspectives a au préalable scanné l’ensemble des maisons de la Région des Pays de la Loire à travers des données (1 milliard de données ont été utilisées).

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Izigloo analyse ensuite instantanément tous les points d’amélioration et propose un programme personnalisé pour reprendre le contrôle de son logement, baisser sa consommation d’énergie et participer activement à la transition énergétique. L’utilisateur n’a donc plus à fournir des données complexes en vue de la réalisation d’un diagnostic : c’est là qu’intervient la notion de « gestion simplifiée ». Ce véritable carnet de santé de la maison permet de retracer la vie de l’habitat et permet à l’utilisateur de reprendre le contrôle sur ses données, via éventuellement le contact d’un artisan.

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Car au-delà de proposer une solution pour un logement durable, Izigloo se veut avant tout éthique : le service est transparent et garantit que les données ne seront pas revendues. L’usager devient alors acteur d’une ville intelligente et collaborative. Il faut noter que c’est aussi le coeur d’un modèle économique différent de celui des GAFA, qui consiste à garantir la sécurité des données et à permettre à l’utilisateur d’avoir le choix dans les services et les améliorations.

A travers ces trois exemples concrets, différentes facettes de la ville créative durable et connectée sont apparues : la capacité à étonner ou à émerveiller, la simplicité d’utilisation et une dimension éthique forte, porteuses d’excellence et de débouchés économiques certains.

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