La chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI contribue à la revue « Droit et ville »

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Florent Orsoni, directeur de la chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI, a contribué au numéro 80 de la revue Droit et ville avec un article intitulé « La ville intelligente, de l’utopie aux réalités ». L’occasion de revenir sur les travaux de la chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – LIPPI et d’évoquer le rôle du designer dans la fabrique de la ville intelligente.

Pour plus d’informations sur la revue Droit et ville

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Extrait :

« Le « moment design »? 

Dans le contexte de l’émergence de la société industrielle au XIXe siècle, une des voies du design a été de faire émerger une « posture critique de l’artiste face aux conséquences brutales du capitalisme industriel ». L’art et plus tard les sciences humaines ont apporté au projet de conception des dimensions qui n’étaient pas seulement celles des performances techniques. Qu’en est-il actuellement ?

– Des vertus du « hacking »

La ville et ses citoyens sont producteurs de données multiples. La question des données ouvertes est donc fondamentale pour permettre la création de nouveaux services. C’est déjà le cas avec les nombreux « hackathons » organisés pour utiliser ces croisements de données et créer de nouveaux services. Fournir des services aux habitants de la ville, en allouant les ressources là où elles sont les plus nécessaires en favorisant le partage d’information entre les services pour faciliter la prise de décision. Les données croisant données de trafic et de livraison permettent, par exemple, de créer de nouveaux modèles économiques de services de mobilité en vélo très prometteurs pour décongestionner les villes.

Comme le souligne encore Saskia Sassen, « la technologie donne des capacités technologiques qui vont au-delà de la technologie elle-même. Quand la haute finance utilise les technologies, elle ne le fait pas de la même manière que la société civile. Ses points de départ, ses objectifs sont différents, même si elle utilise les mêmes outils techniques que d’autres utilisateurs : la technologie fonctionne donc dans une écologie plus vaste qui ne la réduit pas. » La ville est un espace complexe, anarchique, mais l’usage de la technologie dans l’infrastructure permet le fonctionnement de l’infrastructure, pas nécessairement de la ville.

– Design de services : les deux faces

Le design de services promet des applications intéressantes pour une ville connectée réellement « intelligente ».

Il faut cependant noter qu’il y a toujours deux faces dans ce « pharmakos » comme le souligne fort justement Bernard Stiegler. Derrière la tempête provoquée par Uber sur l’économie des taxis ou encore les atteintes portées au marché du travail, il faut voir une voiture « servicielle » qui présente des potentiels intéressants, au moment où l’on sait que la plupart des déplacements en voiture sont individuels et que la voiture reste la plupart du temps immobile.

– Vers un design urbain

La question du design dit « urbain » rentre dans un système technique qui est celui de la ville connectée. L’objet du design est ici d’éviter un déterminisme du système technique sur l’homme. On peut se demander avec les sciences humaines et sociales si ces technologies font sens par rapport à la question du vivre ensemble. On peut poser également la question, avec le design, de leur appropriation et de leur usage. S’il y a bien un enjeu que le design doit appréhender, c’est cette question de la smart city ou des environnements connectés. Face aux gisements infinis d’applications en tous genres, comment mettre ces applications au service de « l’urbanité ? »

– Conséquences sur l’espace urbain : une flexibilité accrue ?  

Les défis à relever dans les métropoles sont considérables : congestion, pollution… de nouveaux modèles peuvent voir le jour pour une nécessaire optimisation liée à la densification croissante. Cependant, la complexité des enjeux à traiter nécessite plusieurs adaptations d’ordre spatial et organisationnel : on ne répond pas aux problématiques de pollution seulement par de la circulation alternée, mais en ayant une vision globale du travail (co-working, télétravail, tiers lieux), des infrastructures de transport (stationnements et parking, réseaux ferrés et routiers…) et des habitudes de vie.

La question de la ville connectée bouscule aussi la question des espaces avec la notion d’ubiquitaire. Si je peux travailler depuis mon ordinateur ou mon smartphone, est-ce qu’un bureau « à moi » a toujours sa raison d’être ? L’économie de la connaissance imposant un travail en réseau et une mobilité sans cesse croissante, les figures des tiers lieux se multiplient, le bureau fixe est de moins en moins une réalité. Comme le souligne Bruno Marzloff, « les services modifient la forme de la ville. Ainsi, les gares cessent de n’être que des marches vers un train pour devenir des lieux de vie adossés à des services, dérogeant à la mission d’origine du lieu. La gare est le lieu d’une mobilité paradoxale, parce qu’elle n’implique plus seulement le mouvement au long cours mais l’hébergement (de gens, de services, de commerces, d’urbanité). On bascule du voyage à l’escale. ». Un des marqueurs récent et visible est la crise des agences bancaires. A quoi vont ressembler ces espaces flexibles voire mutables aux usages fluctuants ? L’usage et les services voire l’expérience offerte par le service vont-ils primer dans le bâtiment ?

A la congestion des villes peut répondre la gestion intelligente des places de parking par la connaissance de la circulation et la modulation tarifaire comme le montre l’expérimentation portée par Xerox. Ce système, associé à d’autres capteurs permettant de connaître les places disponibles en temps réel, réduit le temps consacré à la recherche d’une place, améliore la circulation, notamment celle des transports collectifs, aide à une bonne gestion des aires de livraison et réduit les émissions de CO2 associées au trafic urbain. Mais évidemment ces solutions isolées ne suffisent pas à résoudre l’ensemble des questions.

– Problématiques de réactivité et d’organisation des services 

Plus encore, ces applications de la ville intelligente et les valeurs de flexibilité qui sont portées obligent à de nouvelles organisations des services publics. Des applications comme Fix my street permettent de faire remonter des problématiques en temps réel de travaux, de défauts de voirie et de provoquer des interventions de maintenance. Cette application a été développée à Paris sous le nom Dans ma rue. On peut craindre dès lors la sur-réactivité au risque de moins travailler sur les questions de fond ou de cristalliser sur des éléments bénins. En revanche, un vaste mouvement de « crowdsourcing » est en cours. L’information est désormais partout et invite à la transparence.

Plus sérieusement que ces applications aux effets parfois pervers, de nouvelles organisations peuvent être imaginées pour répondre aux questions complexes soulevées par les métropoles. Pour répondre à des pics de pollution par exemple, une solution « intelligente » consisterait à articuler des mesures incitatives de location d’espaces de co-working de proximité, de gestion de voies de circulation et de modulation des tarifs de parkings pour parfois décongestionner le centre ville. Beaucoup de méthodes restent à inventer dans une forme de collaboration interservices et transdisciplinaires. Le design ne peut résoudre à lui seul ces questions cruciales mais facilite le dialogue entre les parties prenantes dans son approche dite de design thinking. »

 

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