S. Orsini : conduire le changement à l’échelle locale

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A l’occasion du premier anniversaire de la chaire Environnements connectés Banque Populaire Atlantique – Lippi, Santa Orsini, déléguée régionale du groupe ENGIE en Pays de la Loire, est venue présenter sa vision de la smart city. Comment les industriels s’emparent-ils de cette question ? Comment accompagnent-ils les métropoles ? Ces morceaux choisis sont issus de la table ronde « Conduire le changement à l’échelle locale » qui s’est tenue dans le cadre des journées d’étude « Smart la Ville » les 25 et 26 juin 2015.

Santa Orsini, déléguée régionale du groupe ENGIE en Pays de la Loire

Santa Orsini, déléguée régionale du groupe ENGIE en Pays de la Loire

– Quel est le rôle d’un grand groupe industriel comme ENGIE dans l’élaboration de la smart city ?

Le groupe ENGIE oeuvre pour l’énergie pour tous et par tous, ce qui fait particulièrement sens quand on parle de smart city. Nous avons entrepris différents partenariats avec Nantes Métropole, dont le projet greener together dont je vous parlerai plus longuement. Le groupe ENGIE se veut au plus près des territoires pour accompagner toutes les évolutions, que ce soit matière de transition énergétique, et c’est ce qui va guider notre action sur la smart city, de transition numérique, et écologique. Tous ces points sont indissociables. Le monde de l’énergie bouge très vite. On assiste de plus en plus à la décentralisation de la production des énergies renouvelables, à la décarbonisation des énergies, ou encore à la digitalisation et l’augmentation de l’efficacité énergétique. De plus, les pays dits émergents vont avoir besoin de plus en plus d’énergie, et on estime qu’à l’horizon 2050 la consommation d’énergie va être multipliée par 3. On assiste à l’émergence de nouveaux modes de consommation, de nouveaux business modèles, de l’économie partage, de l’économie circulaire, et des prosumers. Tout cela contribue à changer le modèle de l’énergie. Avant on avait, pour l’électricité ou le gaz naturel, des infrastructures plutôt classiques, avec des modes de production centralisés. Le gaz naturel utilisait les réseaux dits de transports, les réseaux de distribution pour aller vers le consommateur final. Avec l’émergence des prosumers, le consommateur va pouvoir également être producteur d’énergie, et le réseau qui distribuait du mode de production jusqu’au consommateur va également devoir transporter l’énergie dans l’autre sens. Automatiquement, on va voir arriver de plus en plus de modes de production au sein de la ville, ce qui n’était pas le cas précédemment où ils étaient plutôt en périphérie. Là, la ville va devenir productrice d’énergie, soit de manière volontaire, soit parce qu’on va utiliser de la chaleur fatale, c’est-à-dire que l’on va utiliser la chaleur qui émane de sites de production.

– Pouvez-vous nous présenter le projet « Greener together » ?

Il s’agit d’une volonté de Nantes Métropole, en partenariat avec 2 autres capitales vertes Copenhague et Hambourg, de répondre à un appel à projet européen horizon 2020 sur la mise en place d’une smart city énergétique. Dans les modalités même de fonctionnement de ce projet on était déjà dans le mode smart : Nantes Métropole a eu à coeur de faire travailler les opérateurs de manière collective. Ainsi, nous avons travaillé avec les équipes de Nantes Métropole, de Nantes Habitat, mais aussi avec des académiques comme l’École de design Nantes Atlantique ou l’École des Mines. Cette réflexion en commun, cette intelligence en réseau nous a permis de proposer des solutions innovantes en matière de smart city énergétique.

On retrouve dans ce projet les principaux piliers de la smart city : production d’énergie renouvelable (arbres à vent, panneaux photovoltaïques), mobilité (privilégier les moyens de mobilité durables, bornes de recharges électriques, convertir la flotte d’entreprises), efficacité énergétique (bâtiments intelligents, rénovation de logements). Nous avons souhaité impliquer le citoyen, car on peut faire des bâtiments intelligents, des bâtiments qui consomment peu d’énergie, des bâtiments interconnectés, si le citoyen n’est pas sensibilisé, ça ne sert à rien. La smart city passe également par cette implication citoyenne. Pour revenir sur l’aspect réseau intelligent, nous avons à Nantes le troisième plus grand réseau de chaleur urbain de France qui fonctionne à base d’énergie renouvelable sur 80%, ce qui est très important. Nous avons cherché en lien avec l’Ecole des Mines à regarder à le rendre encore plus vert.

Tout ça ne peut pas fonctionner sans l’aspect numérique. Il y a effectivement tout un travail à mener autour des usages du numérique. Par exemple nous avons pensé un système d’éclairage public davantage connecté au mode de vie sur l’île de Nantes, un réseau également davantage interconnecté avec la circulation des données. Nous avons également conçu la plateforme numérique (Cities) qui va permettre de piloter ce projet, en matière énergétique, environnementale et de sécurité. Cette plateforme nous l’avons développée au niveau d’ENGIE avec son partenaire stratégique SUEZ environnement. Greener together constitue donc un beau projet collaboratif à Nantes Métropole.

– Assiste-t-on une mutation des métiers d’ENGIE ?

En ce sens, oui. D’autant plus qu’ENGIE a une histoire forte et en 2008, au moment de la fusion de GDF et Suez on a intégré beaucoup plus de métiers liés à l’efficacité énergétique. On voit que les collaborateurs d’ENGIE doivent de plus en plus devenir des architectes énergétiques. On se positionne également de plus en plus dans cette transition numérique, et pas forcément seulement au service des usages énergétiques, puisqu’on a intégré récemment le cluster quartier de la création sur tout l’aspect santé. Notre préoccupation est donc de plus en plus sociétale. Bien entendu, on reste quand même sur notre coeur de métier, réseaux intelligents…

Nous espérons que ce travail avec Nantes Métropole va se poursuivre parce qu’on a d’autres expérimentations dans d’autres régions de France qui pourraient venir nourrir le projet pour le faire mûrir encore plus. On a beaucoup parlé sur ce projet de réseau intelligent électrique, or la transition énergétique passe également par un réseau intelligent gaz naturel. Par exemple, quand on parle d’économie circulaire, il y a une chose qui peut être facilement mise en place, même s’il y a un coût derrière, et qui permet d’impliquer le citoyen, c’est tout ce qui concerne la méthanisation. A Nantes Métropole, on a des projets de méthanisation, on a également des stations d’épuration et, depuis l’été 2014, nous pouvons injecter les boues de STEP (boues de stations d’épuration) dans les réseaux de gaz naturel. On peut également impliquer le citoyen en récupérant ses déchets fermentés et fabriquer du bio méthane qui peut être transporté dans les réseaux de gaz naturel pour aller chauffer des logements. On pourrait également avoir à terme des bus qui fonctionnent au bio méthane grâce à l’implication des citoyens.

– Quel est le rapport de force qui s’exerce quand on fait de l’innovation ? Quels rapports entretenez-vous avec la concurrence ? Quelle est la limite que se donne une entreprise ou un groupe industriel en matière de récupération et de diffusion de data ?

Pour ce qui est de la concurrence, certes elle existe. On est plusieurs opérateurs énergétiques à être en concurrence et on voit que sur l’aspect numérique on peut avoir des collaborations, mais également être en concurrence avec des opérateurs comme Orange, IBM… Mais ce qui change à l’heure actuelle c’est que malgré cette concurrence, on essaie également de travailler, quand c’est possible, en mode collaboratif, ce qui était inenvisageable il y a quelques années. Nantes Métropole nous a choisis pour ce projet « Greener Together », ce qui ne l’empêche pas demain d’aller mener d’autres expérimentations avec d’autres opérateurs. En tant qu’opérateur, on est là pour apporter un service à un moment donné.

Concernant les data, à l’heure actuelle c’est encore un problème. Par exemple, quand on veut mettre en place un tableau de bord, on se trouve en opposition avec d’autres sociétés, d’autres opérateurs, qui, compte tenu des règles de la Commission de Régulation de l’énergie, ne peuvent pas communiquer ces informations qui pourtant sont essentielles à une smart city. Les données qui sont communicables, qui sont publiques, au niveau d’ENGIE ça ne pose aucun souci. Ce qui est peut-être un peu plus délicat c’est pour les gestionnaires de réseaux de distribution, et encore ça évolue.

En matière d’innovation, on est également dans une notion d’open innovation. Quand on accompagne des start up, elles restent propriétaires de leur innovation. On regarde comment on peut les accompagner en les faisant travailler avec des filiales, éventuellement on peut les accompagner avec une levée de fonds, mais elles restent propriétaires de leur business, de leur modèle. Et notre participation sera toujours une participation minoritaire.

– Pour un groupe comme ENGIE, travailler avec des habitants, avec des groupes qui vont eux-mêmes devenir producteurs c’est une rupture fondamentale dans le mode organisationnel, une façon radicalement différente d’envisager la relation client ?

Complètement. Le client n’est plus simplement client mais producteur, voire négociateur, puisqu’en ce qui concerne le bio méthane les tarifs de rachat peuvent être soumis à des propositions différentes. Ça change complètement la relation au prosumer. On assiste à une révolution, et c’est la mission de l’ensemble des grands groupes industriels de faire en sorte d’accompagner cette mutation, cette rupture au sein de nos groupes. Ce n’est pas chose aisée et c’est pour ça qu’on essaie de s’ouvrir de plus en plus à l’externe en se confrontant à des start up, en incitant nos collaborateurs d’aller dans des incubateurs pour voir comment les choses évoluent. C’est vraiment l’orientation stratégique prise par le groupe ENGIE. Il faut changer les moeurs, les cultures. Notre nouvelle PDG est d’ailleurs en train de revoir en profondeur toute l’organisation du groupe pour qu’on soit davantage ancrés dans les territoires, que nous ayons davantage de responsabilités au plus près des citoyens, des collectivités, des industriels. Ça s’accompagne de tout un aspect conduite du changement et des choses sont en train de se mettre en place pour accompagner cette rupture au sein de notre entreprise.

Voir l’intégralité de la table ronde :

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