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design-histoires

icsid Venise 1961 (1)

L’icsid (International Council of Societies of Industrial Design) fondée à la suite du Congrès de Paris en 1953 organise son deuxième congrès à Venise en 1961. Un premier congrès s’était tenu à Stockholm en 1959. Trois thèmes avaient été retenus pour ce Congrès de Venise : la profession d’esthéticien industriel, le rôle de l’esthéticien industriel dans la société et la formation des esthéticiens industriels.

Concernant le rôle de l’esthéticien industriel dans la société, la revue française esthétique industrielle (n° 52_53)  nous relate les allocutions de Sigvard Bernadotte (Suède), Karl Schwanzer (Autriche) et Georges Combet (France).

Il nous a semblé intéressant, dans un blog qui fait une large place à la mémoire des archives, de  retracer ces réflexions qui témoignent des visions engagées des pionniers du design. Le texte ci-dessous se rapporte à Sigvard Bernadotte (1907-2002) auquel l’Institut suédois à Paris (11 mai-18 juillet) consacre une exposition (1).

vue de l'exposition Sigvard Bernadotte (mai-juillet 2010) Institut suédois à Paris

« (…) un retour à des combinaisons de formes parfaites et de fonctions parfaites que certains artisans de l’âge de pierre possédaient mieux que certains de nos industriels contemporains »

Le credo est celui du fonctionnalisme, théorie fondatrice du design, et manifeste un rattachement aux idéaux de la modernité partagés par la plupart des designers du mouvement moderne. Il s’agit toujours de s’opposer aux « embellissements hideux et inutiles ». L’idéalisme et la croyance en une vérité passe par la conviction que l’esthétique industrielle est plus qu’une « fonction », que c’est également une « philosophie » :

De fait, pour obtenir l’état de complète objectivité, qui est nécessaire pour satisfaire les trois aspects du problème (apparence du produit, utilisation pratique et coût de production), avec leur importance respective, l’esthéticien industriel doit se détacher de toute influence qui pourrait le distraire. S’il ne le fait pas, sa solution finale sera caractérisée par une considération ou une autre, ou par des pensées conventionnelles ou traditionnelles.

Sa situation, en fait, n’est pas tellement différente de celle du philosophe qui doit se retirer dans une tour d’ivoire pour contempler et atteindre la pureté de pensée. Sans cette pureté de pensée un esthéticien industriel ne devrait pas créer.

« La coordination (…) alpha et oméga de la tâche de l’esthéticien industriel »

L’isolement dans la tour d’ivoire doit pouvoir effectivement s’accorder avec un travail d’équipe et Sigvard Bernadotte dit que l’esthéticien industriel doit coordonner trois fonctions, celles d’architecte, d’ingénieur, de producteur, le tout se cumulant à sa fonction personnelle. Cette « fonction personnelle » doit lui permettre d’être un guide éclairé pour l’amélioration de notre cadre de vie. Il s’agit d’une telle responsabilité que l’honnêteté doit amener à refuser certains travaux lorsque la qualification et l’expérience ne sont pas suffisantes pour répondre au problème :

J’ai le sentiment qu’un esthéticien, même avec une très belle commande en vue, ne devrait jamais accepter d’entreprendre un travail qu’il ait l’impression de ne pas être capable de mener à bien. Chaque esthéticien industriel doit fatalement rencontrer cette sorte de travaux de temps à autre et je suis pleinement conscient que le refus d’une semblable commande demande une grande dose de connaissance de soi et d’idéalisme de la part de cet esthéticien industriel.

Idéalisme et augmentation du volume de vente

Ces deux paramètres ne semblent pas inconciliables pour Sigvard Bernadotte si le designer a bien pris en compte les objectifs principaux du produit : praticité, bonne étude des produits présents sur le marché, attention portée à la demande des consommateurs, qualités plastiques, coordination efficace « depuis le fabricant, son directeur des ventes, et de la production, jusqu’au contremaître et à l’ouvrier sur la machine et enfin jusqu’au consommateur dont l’esthéticien industriel doit prévoir ou tester les attitudes ou les réactions ». Il s’agit donc de ne pas être trop « en avance sur son temps » pour ne pas choquer ». Il faut prendre son temps, y aller pas à pas…

« Que ferons-nous lorsque les produits auront finalement atteint l’état de perfection ? »

Nous sommes en 1961 et nous voyons poindre dans ce questionnement les prémisses des bouleversements apportés par le développement de la société de consommation. Il va justement falloir aller de plus en plus vite pour proposer des produits toujours nouveaux. L’idéalisme moderne, le credo de l’objectivité vont être battus en brèche… La question reste sans réponse mais cela n’est pas encore inquiétant… Sigvard Bernadotte voit le problème arriver dans un temps finalement très lointain :

Très franchement, je n’en sais rien. Je n’en sais rien parce qu’il faudrait être plus qu’un visionnaire pour essayer d’envisager à quoi ressemblera le produit final et quelles seront ses fonctions. La perfection finale de formes et de fonctions est peut-être quelque chose qui se produira dans un siècle, quelque chose que nos petits, petits, petits-enfants, pourront acheter et utiliser.

« Notre rôle est de regarder devant nous (…) »

et une chose lui semble fondamentale, plus l’environnement est beau et harmonieux, plus l’homme « a de chance de devenir progressivement plus harmonieux et de se montrer plus disposé à apprécier la beauté ».

Les questions posées pour cela sont :

– Quelles influences de la solution du designer sur le produit final ?

– Est-ce que ce produit placera la personne qui l’utilise dans un « meilleur état d’esprit » ?

– Est-ce que cela lui fera considérer que « la vie est un peu moins ennuyeuse » ?

– Est-ce que cela lui apportera « une élévation intellectuelle » ?

– Est-ce que ça le « rendra plus heureux » ?

et la conclusion est très ambitieuse :

Tant qu’un esthéticien industriel se posant des questions de cet ordre ne pourra pas y répondre franchement par un « oui » résolu, alors je ne pense pas qu’il remplisse la tâche essentielle qu’il devrait.

Les prochains textes apporteront les témoignages de Georges Combet et de Karl Schwanger sur le même sujet.

Note :

1 – Cette exposition a été mise en oeuvre à l’occasion du bicentenaire de l’élection au trône suédois de la famille française Bernadotte et produite par la ville de Helsingborg où elle a été présentée, en 2008, dans l’ancienne demeure de la famille royale, à l’Orangerie du château de Sofiero.

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