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Les bourdonnements de la Recherche en design

L’agitation médiatique autour de la recherche en design est-elle de bon augure, pour la recherche et pour le design  ? Elle témoigne d’un intérêt récent  manifesté pour la recherche par les écoles d’art et de design en France. Une vision optimiste se réjouira de ce que la France se rapproche ainsi d’une communauté de recherche internationale en design. Une vision plus circonspecte pourrait craindre la confusion entre recherche et création « d’évènements » où le mot recherche est employé pour désigner des activités diverses et variées.

La recherche dans les écoles d’art et de design suppose la mise en oeuvre d’un travail pédagogique. Il s’agit de penser un cadre méthodologique et épistémologique qui  permette aux étudiants de construire des questions de recherche à partir de leur projet et de s’engager dans un processus de construction de connaissances à transmettre.

La pluridisciplinarité (1), et en particulier les apports des sciences de l’homme, sont au coeur des programmes pédagogiques pour l’enseignement du projet de design. Parallèlement, les recherches sur le design se développent  dans les universités.

On ne discutera pas bien sûr de la légitimité des recherches sur le design menées en particulier par les SHS , mais il est bien évident que ces recherches appartiennent à des disciplines spécifiques, qui ont leur propre territoire  (Voir les textes limpides d’Alain Findeli sur le sujet, Je renvoie en particulier à : « La recherche-projet: une méthode pour la recherche en design », in Michel R. (dir.), Erstes Design. Forschungssymposium, Bâle, SwissDesignNetwork, 2004, …).

Les Ateliers de la Recherche en design, créés à l’Université de Nîmes en 2006 par Brigitte Borja de Mozota, Alain Findeli  et Georges Schambach, annonçaient la volonté de faire un état des lieux de la diversité des initiatives françaises. Étaient conviés les chercheurs de disciplines partenaires qui font de la recherche sur ou autour du design : les sciences de l’ingénieur, les sciences de gestion, les sciences humaines et sociales, les autres disciplines du projet : architecture, arts, urbanisme, paysage, etc. Un programme est lancé qui devrait permettre d’identifier ce que pourrait être la spécificité d’une recherche par le design, question essentielle pour l’enrichissement que l’on peut en attendre dans nos écoles.

Des perspectives d’évolution de l’enseignement sont à l’oeuvre mais supposent une petite révolution culturelle. Parler de recherche lorsqu’on organise un « workshop », n’est-ce pas un abus de langage ? Si l’on souhaite engager véritablement un processus de recherche, cela suppose que les praticiens qui enseignent dans les écoles de design puissent eux-mêmes être formés à des méthodes de recherche. La voie des partenariats des écoles avec les laboratoires de recherche des universités est pertinente et fructueuse mais elle ne dédouane pas les écoles d’un vrai travail de réflexion pédagogique pour construire leur  propre cadre épistémologique.

Note :

1 – C’est un autre débat mais je rejoins les propos de Marie-Haude Caraës, directrice de la recherche (Cité du design de Saint-Étienne), lorsqu’elle écrit : « Si cette pluridisciplinarité est constitutive de tout acte de design, il appartient aux designers de la préciser. En admettant que le designer travaille sur les liens logiques entre les différents registres plus que sur leurs contenus, c’est sur la nature de ces liens qu’un travail important reste à faire », Azimuts 33, « Pour une recherche en design », p. 43.

Qu’apportent au design, par exemple, les sciences de l’homme et de la société ? Une capacité à mieux penser l’homme, la société ? ou un discours « d’emballage » pour donner ses lettres de noblesse (vernis culturel) à un projet de design qui aurait pu s’en passer ? Je vois aussi une autre question rarement posée, qu’apporte le design aux SHS ?

2 réponses à “Les bourdonnements de la Recherche en design

  1. Excellent article qui a le mérite de présenter justement ces deux visions de l’avenir de la Recherche en design.

    De mon modeste point de vue d’étudiant et par une modeste connaissance également de la Recherche dans les SHS via des amis j’aurais tendance à rapprocher la Recherche d’une production écrite, ce qui élimine donc les workshops. La Recherche, dans son expression la plus académique m’inspire un travail de réflexion dans la durée qui se traduit par une production écrite destinée à tenir dans la durée également. Ce qui est infaisable dans un workshop d’une semaine.

    Ainsi la Recherche en design, se composerait d’une thèse à soutenir comme dans tout autre secteur de Recherche.

    Quel apport aux SHS ? Ici à New York un des enseignants en design et chercheur en design évoquais les mêmes problématiques de la reconnaissance de la Recherche en design. Son approche par rapport aux SHS résidait dans la capacité de la Recherche en design à analyser et questionner un sujet mais davantage à en envisager les évolutions, potentiels, transcription dans un autre domaine. La Recherche en design doit s’appliquer à chercher ce qu’elle peut extraire de l’analyse d’un phénomène de société, d’une tendance, à faire force de propositions en dehors de l’analyse stricte au sens académique.

    À voir donc…

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