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CES 2018 : la fête du design et des designers

En janvier 2018, le Consumer Electronics Show de Las Vegas faisait l’étalage des performances du digital et de la technologie. Remarquable, mais c’est dans ce que nous allons en faire qu’il convient de s’interroger.

Voitures autonomes, maisons connectées, capteurs de pollution, smart-watches, fitness tracking, sous-vêtements connectés, drones, distribution digitale et connectée, monnaie dématérialisée, écrans « méga-géants », avatars et hologrammes…et bien sûr robot et intelligence artificielle. Comme tous les ans en janvier, le Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas est l’occasion d’une démonstration des nouvelles tendances en matières de technologie et de ses applications.

Difficile, cette année, d’y dégager une tendance précise, sinon que nous serons demain « hyperconnectés », « ubiquitaires », « digitalisés » voire « augmentés » et que rien de nos habitudes et de notre personnalité n’échapperont aux traitement des entreprises de « Big Data » qui prétendent qu’elles savent avant nous préfigurer notre consommation à venir, une consommation ordonnée sur nos usages et non plus nos besoins. Le Marketing est dépassé.

Au delà de ce vertige, rien de bien nouveau en fait sur le plan de l’électronique et de la technologie. Rien que nous ayons déjà vu. Mais, le CES reste néanmoins le rendez-vous incontournable des entreprises et des financiers, pour se montrer, s’évaluer, se comparer, collaborer, trouver des financements et les moyens de travailler ensemble et en mode «partage » et « collaboratif ». Ce rendez-vous est donc essentiel pour comprendre et sentir le monde de demain.

Mais, ce n’est pas pour la technologie qu’il est indispensable. 300 drones programmés pour voler dans un périmètre restreint sans se percuter, une voiture autonome qui se transforme en salle de cinéma une fois sur l’autoroute, la médecine inversée où votre bracelet connecté se substitue à votre médecin, et même le robot-chirurgien qui vous greffera un genou tout neuf en moins d’une heure et qui enchaînera les interventions sans devoir s’arrêter…nous savions depuis longtemps que cela allait arriver. Nous n’en sommes même plus étonnés.

La technologie nous offre aujourd’hui d’immenses possibilités. Mais, c’est dans la définition de ce que nous allons faire de cette technologie que l’enjeu se situe dorénavant.

300 drones qui volent ensemble sans se percuter et c’est la préfiguration du ciel de nos villes demain quand il s’agira de nous livrer pizzas, livres, vêtements que nous commanderons sur internet, ou bien nous servir de taxi. Si la voiture autonome devient notre bureau parce que nous n’avons plus besoin de la conduire, alors c’est toute l’organisation de la journée de travail et de l’entreprise qui est interrogée. Si elle est téléguidée, et qu’il n’y a plus d’accident alors il n’y a plus d’assurance. Ce sont des pans entiers de l’économie financière qui pourrait s’effondrer. De même, la smart-watch qui suit les indicateurs de votre activité physique et biologique pose la question de la responsabilité de celui qui vous signifiera quand vous serez à risque ou carrément malade. Si d’aventure votre montre se dérègle, et que vous faites une crise cardiaque, alors à qui demanderez-vous des comptes ?

Enfin, si votre jambe est bionique, qu’un coup de pied malencontreux percute un mur et que l’immeuble s’effondre, êtes-vous encore responsable de cette jambe dont vous direz qu’elle n’est pas humaine ?

Ce n’est pas la technologie qui vaut, c’est ce que nous en ferons et le CES 2018 sans réelle tendance n’est que la révélation de l’interrogation et de l’angoisse qui naît. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »* n’a jamais eu autant de sens et de pertinence, ce sont les usages et le design qui vont dorénavant emboîter le pas à cette formidable mutation digitale. « Qu’allons-nous faire de cela ?» est la seule question qui vaut.

Il s’agit de prévoir, de dessiner ce que nous allons pouvoir faire de cette technologie. Il s’agit de préfigurer les usages mais aussi de leur donner du sens et de la raison. Et les designers vont être omniprésents dans cette quête de valeur. Ils vont se substituer aux Marketers dans les aspects tactiques, et, pour les aspects stratégiques, vont devenir leaders des organisations en pleines mutations. Et seules, celles qui auront la faculté de prévoir, d’innover, de muter vont continuer à se développer.

Le CES 2018 nous fait participer à cette formidable révolution industrielle, celle du digital et de la « connection ». C’est surtout celle du sens, de la valeur, du progrès…et du design, celui dessine le futur à la condition de produire de la richesse pour tous.

* Citation de François Rabelais, Pantagruel (1532)

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