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Présidentielle : pas un mot sur le design

Le design est devenu stratégique pour de nombreuses entreprises. Les établissements de formation se multiplient, tous les pays s’ordonnent à promouvoir le design et l’innovation. Jusqu’en Chine*, où les politiques ont bien compris qu’après le développement industriel, il convient de réfléchir différemment. En France, pas un mot.

Il faut reconnaître à Arnaud Montebourg, alors ministre de l’Industrie, le fait d’avoir parlé du design. Pas celui qui magnifie un produit pour en fait une œuvre d’art, pas celui qui ne ferait que se limiter aux belles tables, aux belles chaises, aux belles lampes… Non, celui qui fait gagner les entreprises, celui qui permet de créer des points de valeur ajoutée, de rendre les entreprises plus compétitives… Celui qui fait d’une cocotte minute, LA cocotte minute. Pour la cocotte minute, la plus belle courbe « design », c’est « la courbe des ventes ».

Et depuis son départ du gouvernement, plus rien sur le design, comme s’il s’était agi d’un effet de mode, un viatique créatif pour justifier le flou des « politiques industrielles françaises » depuis quelques années.

Le design est devenu une discipline stratégique pour les entreprises qui réfléchissent à leur avenir. Pour beaucoup d’entre elles, les modèles d’organisation et de management sont en train d’évoluer, voire de radicalement muter. S’il s’agissait naguère de faire de mieux en mieux ce que l’on savait faire tel que le management scientifique nous l’avait enseigné, les mutations auxquelles les entreprises doivent faire face obligent à d’autres réflexions. La globalisation, la responsabilité écologique, la transition digitale… obligent à d’autres fonctionnements et d’autres organisations. Les entreprises et plus généralement toutes les structures organisées, publiques ou privées doivent réfléchir autrement. Il s’agit de passer de « faire de mieux en mieux ce que l’on sait faire » à un autre paradigme : « Faire autre chose avec ce que l’on sait faire » et se mettre en capacité permanente de muter.

Le design aide à cette réflexion. Il spécule sur les usages à venir, les imagine, les représente. Il les crée parce qu’il les représente. Il les rend objectifs et leur donne du sens. Alors et au-delà d’être stratégique pour les entreprises, le design devient discipline de management. Représenter les usages de demain, c’est permettre d’ordonner les organisations autour du changement, celui qui est indispensable compte tenu des mutations des contextes socio-économiques.

Comme le souligne Elsebeth Gerner Nielsen, recteur de l’Université de Kolding au Danemark « Si les entreprises du 19e et du 20e siècles, se sont posé la question de ce qui est technologiquement possible ou économiquement profitable, les entreprises du 21e vont se poser la question de ce qui fait sens. ». Le design, parce qu’il préfigure la façon dont nous allons vivre demain, parce qu’il la dessine, la rend objective et lui donne sens, est l’instrument puissant de la représentation du monde inconnu dans lequel nous allons œuvrer demain. La voiture sans chauffeur, elle qui pourrait rendre l’assurance inutile, l’arrivée du robot, celui qui pourrait remettre en cause le travail, l’avatar de sa propre personne, celui qui permettrait d’avoir le don d’ubiquité… Autant d’exemples de champs socio-économiques qu’il nous faut anticiper pour éviter de devoir les subir. Le design est ce formidable outil de représentation qui doit transversalement mettre autour de la table toutes les disciplines pour réfléchir à « quel monde demain » et préparer les entreprises, leur organisation, leur personnel à muter.

La France a la chance de bénéficier d’une image « design » exceptionnelle dans le monde entier. Le design français a du sens et donne une valeur ajoutée à tous les produits et services qui peuvent en revendiquer la marque. Si le « Made in France » est un argument marketing – politiquement démagogique et économiquement inepte -, le « Design by France » est lui porteur d’avenir, de valeur ajoutée et de sens. Il fait rayonner la France et est un vecteur puissant du développement de notre image, de notre industrie, de notre économie.

Il est dommage que les candidats à la présidentielle fassent campagne sur la promotion, l’adaptation, la compensation des recettes du passé, là où il s’agit de prévoir demain. Il conviendrait qu’il parle un peu de design et du formidable potentiel offert par les établissements d’enseignement supérieur français qui font du design un atout au service du développement économique.

* Tongji University vient de créer à Shanghai en partenariat avec de nombreux acteurs économiques le « Shanghai Institute of Design and Innovation ».

http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-164793-presidentielles-pas-un-mot-sur-le-design-2056312.php

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