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étudiantes dessinant sur une affiche projet

Éducation : la créativité autant que les savoirs…

Les récentes polémiques sur l’éducation en France sont préoccupantes. Théorie du genre ou pas, qu’elle soit enseignée ou non, elles jettent un discrédit supplémentaire sur l’institution qui éduque nos enfants. Il semble même que les professeurs soient exempts du débat, qui oppose par presse interposée les politiques et la société civile. Alors que la représentativité des enseignants et le respect qui leur est dû devraient être une cause nationale, tout se passe comme s’ils avaient été écartés du temple au nom des grands principes que chaque camp défend avec la conviction de détenir la seule vérité possible : la sienne.

Tout devient évidemment sujet à caution, aujourd’hui des enfants nus sur un livre, et quoi demain ? La moralité du Chat botté, la lubricité des Sept Nains. Le Roi Lion n’est-il pas l’incarnation du mâle triomphant ? Et que dire du Zorro de Disney, peu enclin, semble-t-il, aux ébats de l’amour ? N’y aurait-il pas derrière son loup, ses costumes orange et bleu ciel, une préfiguration vintage des YMCA ?… Zorro sur la télé publique est-ce bien raisonnable?…

« Personne n’a raison, personne n’a tort, tout peut être dit et même son contraire », et chacun se renvoie la responsabilité de celui qui a commencé à jeter le trouble. Il ne sortira rien de ces débats sinon la division d’une société qui perd un peu plus ses repères et un peu de discrédit supplémentaire pour les enseignants pour qui il faudra bien redéfinir la mission.

Si tous les savoirs, tous les enseignements devaient être demain sujets à caution, et jugés à l’aune de ses propres croyances, alors il faudrait « renaturer » le rôle du professeur, celui du Maître.

« Aujourd’hui, nous recevons trois éducations différentes ou contraires : celle de nos pères, celle de nos maîtres, celle du monde. Ce qu’on nous dit dans la dernière renverse toutes les idées des premières », dit Montesquieu dans L’Esprit des lois. Les parents, les maitres, le Monde sont aujourd’hui si disjoints qu’il devient compliqué pour le Maître et l’élève d’en faire la synthèse. Qui croire, que croire ?

Puisqu’il s’agit de redéfinir le rôle du Maître, je souhaiterais qu’il soit placé au centre de sa responsabilité la pratique, le développement de la créativité des élèves dont il a la responsabilité. Elle est un vecteur puissant de l’apprentissage et de la compréhension de toutes choses, tant elle permet leur appropriation et la mise en perspective dans des contextes et des univers différents.

Elle permet à tout Homme et à toute Femme de construire son savoir. La créativité est un ciment fort de l’apprentissage des savoirs. Elle développe le savoir-être et l’intuition, la capacité à se projeter, à bâtir pour l’avenir, elle affirme l’Humanité de chacun. Si l’ordinateur possède demain tous les savoirs, jamais il ne pourra avoir l’intuition suffisante pour prendre parti, résoudre pour lui-même le paradoxe d’Epiménide – « Je ne dis que des mensonges » – et s’en trouver grandi.

Enseigner, favoriser la créativité, c’est enseigner le libre arbitre, le parti pris, la liberté, la responsabilité. S’il s’agit d’inventer un monde nouveau pour pallier celui qui perd ses repères, il faut être créatif.

Il me revient cette parabole du « dresseur de puce » qui illustre le rôle du Maître : « Il était une fois un dresseur de puce qui avait appris à sauter à son animal de cirque. Il la plaçait dans un verre avant d’entrer en scène et avec le soutien du public, il demandait à la puce de sauter. Et la puce sautait, sautait, de plus en plus haut, faisait des cabrioles, des sauts périlleux, des sauts de plus en plus compliqués. Plus la puce maitrisait les sauts, plus elle s’en autorisait de nouveaux, des sauts que même le dresseur n’avait pas imaginés.

Son rôle n’était plus de contraindre, d’imposer ce qu’il savait faire, son rôle était d’encourager, d’animer, de faire en sorte que la puce crée encore et encore, des figures que lui-même ne pouvait pas connaître, parce qu’il n’était pas puce.

Rien n’arrêtait l’imagination de la puce tant elle voyait le public s’enthousiasmer pour la performance et la nouveauté du numéro proposé. Laissée libre de sauter au-dessus du verre, elle enchantait tous ceux qui venaient au cirque. Le temps d’un numéro et la puce « changeait le monde » de ceux qui alors étaient heureux de tant de fantaisie.

Mais, un jour, le dresseur de puce, alors qu’il s’adressait au public et que lui aussi voulait profiter des hourras posa la main sur le rebord du verre disposant ainsi involontairement un couvercle. En entendant les hourras, la puce se mit à sauter. Une fois, deux fois, trois fois, mais elle se cogna la tête sur la main. Elle se demanda pourquoi son dresseur s’acharnait à vouloir limiter ses ébats, mais il était son Maître. Surement, il savait.

Quand après plusieurs minutes, le dresseur retira sa main et qu’il demanda à la puce de montrer tout son talent… alors la puce sauta, sauta… mais quelle fut la déception du public, la puce ne savait plus sauter que jusqu’au rebord du verre. Finis les sauts périlleux… Finie la liberté, le Maître venait de tuer la créativité de son Apprenti ».

Il en va de l’éducation comme de l’apprentissage du saut de puce, le rôle du maître n’est pas d’enseigner le savoir pour qu’il pèse comme un couvercle, mais bien d’accepter qu’avec la transmission du savoir, l’élève se l’approprie pour en faire quelque chose d’autre, de différent, de plus brillant encore. Alors, et pour peu qu’il soit responsable, il devient vecteur de progrès.

« Qu’attendre de nos enfants sinon qu’ils fassent mieux que nous ? » L’éducation à la créativité, c’est accepter que les élèves soient plus intelligents que leur Maître pour qu’ils puissent tisser de nouveaux liens avec le monde, construire de nouveaux ponts avec le futur, des chemins jusqu’alors inconnus de ceux qui les encadrent. Reproduire ne vaut rien, faire tout mieux est la moindre des choses.

Ce changement de nature dans la relation Maitre-Elève, au moment où toute connaissance est disponible immédiatement sur la toile et qu’il devient ingérable de prétendre à l’omniscience des professeurs, est une formidable opportunité de refondation de l’Ecole, de restaurer ainsi la confiance dans l’institution, lieu de savoir et de création. Il s’agit d’afficher l’ambition de préparer un monde nouveau. Favoriser la créativité des élèves, c’est préparer les entrepreneurs et les bâtisseurs de demain, ceux dont la société a besoin.

L’Éducation nationale française ne nous livre que peu de choses quant à la capacité à créer des élèves dont elle a la charge. Appelez « Design et Conception » les cours de « Techno » et/ou de « Travaux manuels », et pour en dépoussiérer l’image, serait bienvenu. « Lire, compter, créer » devrait être la nouvelle trilogie de l’école élémentaire et fondatrice. Steve Jobs a commencé en bricolant dans son garage, il serait souhaitable que les enfants bricolent à l’école…

… Je préfèrerais que l’on parle de cela, plutôt que de spéculer sur l’enseignement ou non de la théorie du genre, de savoir si « Tous à poil » est subversif…

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