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École de design : de la création au management

Dans un contexte socio-économique tourmenté, les écoles de design bénéficient d’opportunités remarquables, celles de former des étudiants qui demain vont occuper des positions stratégiques de management, à la mesure des problématiques d’innovation qui se posent aux entreprises et plus généralement à la société.

Elles ont déjà beaucoup évolué ces dix dernières années et sont au centre de beaucoup d’attention dans de nombreux pays. Mais leur mutation n’est pas terminée : elles seront à l’origine de la création  de « centres d’innovation » au service de l’économique et plus généralement de la société.

Les écoles de design sont des écoles de création, et elles ont légitimement formé pendant des années des créatifs, des étudiants à l’aise en particulier sur ce qui fait la spécificité du designer : la représentation – notamment par le dessin – de produits, d’espace, de scénarios de vie… avec la conscience que ce qui leur était demandé ne nécessitait pas d’être compris d’emblée, puisqu’il s’agissait d’une création, d’une transgression de la réalité par essence difficilement acceptable.

Pendant des années, le designer s’est volontiers complu dans cette logique qui faisait de lui un « créatif », à l’inspiration « unique », qui travaillait seul sur sa planche à dessin et en se protégeant d’autres qui d’aventure auraient pu lui voler ses idées. Les Ecoles – en France en particulier – ont encouragé cette approche particulière des « designers créatifs », des « designers-artistes ». Elles se sont développées en marge de tous les systèmes universitaires et/ou grandes écoles incapables de collaborer à l’émergence de grands projets universitaires de recherche économique et/ou technologique. De même, elles ont peu intégré les entreprises au motif que l’économique et la rentabilité pouvaient aliéner la capacité du designer à créer. De nombreux établissements en France et à l’étranger continuent de fonctionner sur ce modèle. Ils continuent avec succès de produire des « designers artistes » dont certains ont acquis des renommées internationales.

Deux facteurs ont obligé certaines écoles à évoluer vers plus de professionnalisation. La conscience que le design, la création et l’innovation étaient un formidable moteur de croissance et de développement pour les entreprises et l’exigence, nouvelle dans le domaine de l’éducation au design, qu’un établissement ne se jugeait pas seulement à la qualité de ses projets de diplôme, mais plutôt à la qualité des emplois trouvés par les étudiants.

La responsabilité des écoles de design a évolué : il ne s’agit plus seulement de former des « créatifs » mais des « professionnels de la création » – qui sont créatifs – adaptables et évolutifs, conscients des enjeux économiques des entreprises avec lesquelles ils vont collaborer. Ils doivent avoir les aptitudes à travailler avec les autres, les ingénieurs, les marketers, les financiers et y joindre les philosophes, les sociologues, les artistes… avec qui ils ont l’obligation de partager leurs idées, pour mieux les enrichir. Le design est devenu une discipline de management de projet au moment où l’innovation est stratégique pour les entreprises et la société.

Les étudiants designers ont dû apprendre l’entreprise en même temps qu’ils ont appris le partage, la collaboration, l’équipe et la nécessité du travail en commun.

Le design, discipline de création et dont les éducateurs avaient encouragé le travail individuel, est devenu une activité collective et transversale de résolution de problématiques socio-économiques complexes. Le designer est un manager de projet. Au sein de l’entreprise, il est devenu le moteur d’une réflexion collective sur les nouveaux produits, les nouveaux services de l’entreprise, sur son image, sa marque, sa culture… mêlant tactique et stratégie.

Cet apprentissage de la nécessité de partager ses idées, aussi évidente qu’elle puisse paraître, a été une révolution dans l’apprentissage et dans la conscience des designers. Elle change radicalement la nature de l’enseignement des écoles et leur responsabilité.

De l’innovation à un nouvel entrepreneuriat

L’opportunité de travailler transversalement avec les entreprises et d’autres disciplines universitaires entraine une responsabilité nouvelle, celle de créer et de produire de l’objectif, du réalisable et du rentable. Il ne s’agit plus de se contenter d’imaginaires, mais bien de faire de ces imaginaires des scénarios viables, des produits et des services industrialisables et consommables par le marché. Si la création peut – et doit – justifier la subjectivité de son auteur, en revanche l’innovation doit s’accompagner de l’assurance que les projets sont viables. Devant cette exigence, les Ecoles de design, conscientes de leur responsabilité, vont devoir se transformer en centre d’innovation, celle-ci se justifiant par son caractère objectif et reproductible. Elles vont devenir les « centres d’expérimentation » dont les écoles d’ingénieurs ont besoin pour représenter les scénarios d’utilisation de la technologie et la rendre ainsi moins suspecte. De même les écoles de commerce y verront l’opportunité de revenir à une approche de la conception de produit qu’elles ont bien souvent abandonnée au profit d’un marketing de distribution ou bien de recherches fondamentales sur le marketing peu en phase avec le besoin des entreprises. La dérive académique imposée par le classement de Shanghai des meilleures universités va devoir être compensée par un retour à la vocation des écoles de commerce, à savoir la gestion des entreprises.

Les écoles les plus pertinentes ont déjà créé leurs laboratoires d’expérimentation, leurs « design factories » ou bien deviennent les laboratoires annexes d’entreprises.

Des éco-systèmes vertueux recherche – formation – entreprise structurent déjà les Masters de design qui multiplient les croisements, les double-diplômes et l’approche multi-culturelle.

Dès lors l’ère de l’entrepreunariat est annoncée. Plus les projets seront viables, plus les étudiants seront tentés de les développer réellement et ne laisseront pas à d’autres l’opportunité de le faire. Un nouveau critère de qualité va apparaître pour les établissements de création les plus performants. Le pourcentage d’étudiants qui créent leur entreprise autour des produits qu’ils ont imaginés pendant leur cursus va être déterminant. Plus les démarches d’innovation seront pertinentes, plus les étudiants vont devoir le prouver et faire « le grand saut » de la création d’entreprises. Dans certaines écoles déjà – à l’Ecole de design Nantes Atlantique notamment – près de 40 % des étudiants de 4ème et 5ème années bénéficient du statut d’auto-entrepreneurs. L’objectif est la création d’entreprises pour les étudiants qui en auront les capacités et l’envie. La mise en place de « centres d’incubation » est programmée.

Au moment où les universités de gestion et d’économie ont peine à comprendre la crise, où les écoles d’ingénieurs doivent justifier le progrès, les écoles de design pourraient devenir les « centres d’innovation », les centres de recherche expérimentale dont les entreprises ont besoin pour les aider à réfléchir objectivement et différemment. Il y a là un enjeu social et économique majeur dont les pouvoirs publics doivent prendre conscience, un enjeu international alors que la création française rayonne à l’étranger. Les écoles de design françaises bénéficient d’atouts que les autres n’ont pas : elles sont assises sur une culture de la création reconnue dans le monde entier. Etre designer français a une résonance planétaire dont la France et les territoires doivent profiter.

2 réponses à “École de design : de la création au management

  1. Deux petites remarques si vous me permettez.

    D’abord, dire que « Dans certaines écoles déjà – à l’Ecole de design Nantes Atlantique notamment – près de 40 % des étudiants de 4ème et 5ème années bénéficient du statut d’auto-entrepreneurs », c’est tout de même oublier que le statut d’AE est accessible à tout le monde, ça n’est pas parce qu’on est dans telle ou telle école qu’on « bénéficie » de quoi que ce soit. Alors que ce soit 4 ou 40% ça reste un chiffre à qui on peut faire dire tout et son contraire. (Et il y aurait aussi beaucoup à dire sur ce statut. Mais c’est un autre débat.)

    Mais bon, pas de mal à prêcher pour sa paroisse comme on dit !

    Ensuite, j’aimerais vraiment que votre dernière phrase soit juste.
    La France est quand même un des pays où faire comprendre ce qu’est le design est le plus difficile, par rapport au monde anglo-saxon, à l’Asie, aux Italiens… (ça fait beaucoup de pays plus calés que nous quand même !).

  2. Le fait que les étudiants prennent le statut d’auto-entrepreneur témoigne me semble t il d’une évolution dans la culture entrepreneuriale des étudiants. J’imagine que c’est la même tendance dans toutes les écoles françaises qui ont professionnalisé leur cursus.
    Je ne sais pas si « la France est le pays où le design est le plus difficile à faire comprendre ». Ce dont je suis sûr en revanche, c’est qu’être designer français a du sens au delà de la compétence des individus. Au moment où les écoles françaises doivent internationaliser leur cursus, c’est un avantage significatif.

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