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photo de groupe de nouveaux diplomés en management du design et de l innovation

« Les diplômés des écoles de design doivent aussi être des entrepreneurs »

Entretien réalisé pour EducPros, magazine d’éducation

Depuis 13 ans, Christian Guellerin  dirige l’Ecole de design Nantes-Atlantique. Cet ancien directeur d’école de commerce passé par la CCI de Nantes Saint-Nazaire a insufflé un vent de management et d’entreprenariat dans cette école de design. Une révolution pour cette école dédiée au design industriel, créée il y a 20 ans.

Comment dirige-t-on une école de design quand on n’est pas designer et qu’on vient du milieu des écoles de commerce ?

Mon métier n’est pas d’être designer, mais de diriger une école avec la responsabilité de faire en sorte que les étudiants diplômés trouvent du travail comme designer. A t on déjà demandé au PDG de PSA s’il était mécanicien et s’il savait changer un joint de culasse ? Cette question témoigne de la difficulté de l’environnement professionnel du design de sortir de sa gangue technique, et de s’ouvrir à l’innovation, au management, à la stratégie. Des dimensions que légitimement le designer peut et doit désormais revendiquer. Il y a plusieurs façons de définir le design. Et nous avons clairement choisi une approche socio-économique : le design permet de générer de la valeur ajoutée au service des entreprises, du développement et du progrès social.

Quelles pratiques issues des écoles de commerce avez-vous mis en place ?

Nous avons bâti un programme intégrant stages, partenariats avec les entreprises, apprentissage. Cette approche en lien avec les entreprises était vivement controversée il y a dix ans. J’ai alors affirmé que l’objectif d’une école de « design industriel » telle que la nôtre n’était pas de former des créatifs mais des « professionnels de la création qui se devaient d’être créatifs ». La réussite de notre école ne se jugerait plus au regard de la qualité des projets de diplômes mais bien en fonction du taux d’emploi à la sortie.

Les étudiants ont-ils appris à travailler différemment ?

Ils doivent apprendre à répondre à des cahiers des charges parfois extrêmement contraignants.  Mais c’est justement dans la gestion de cette contrainte que l’on révèle la créativité et le talent. Les étudiants ont par ailleurs compris qu’il devait  savoir communiquer leur projet. En cela, le dessin demeure l’un des outils les plus pertinents parce qu’il « donne à voir » et son approche est souvent plus juste que le discours qui l’accompagne. Si le design est avant tout une discipline technique c’est devenu aussi une discipline de management. Le travail en équipe, le partage des idées ont enrichi le travail individuel, seul sur la planche à dessin du designer, tellement préoccupé naguère par la protection de son œuvre. Si cette protection est quelquefois nécessaire, elle n’en a pas moins conduit des centaines d’idées dans des enveloppes Soleau [enveloppe de l’INPI qui permet de dater la date de création d’une œuvre,  NDLR] que personne n’ouvrira jamais.

Comment voulez-vous faire évoluer l’école ?

Je crois que les écoles de design en général ont un travail important à faire sur la projection professionnelle de leurs étudiants. Comme dans les écoles de commerce, ils doivent se préparer à occuper des positions d’encadrement après 5-10 ans d’expérience. Le design, discipline technique, discipline de management, la prochaine étape dans le développement des écoles va être d’en faire une discipline entrepreneuriale. Il est impératif que les 3 ou 4 meilleurs projets des étudiants soient développés dans nos établissements. On ne peut plus se contenter de maquettes, il faut véritablement que les projets sortent et que des entreprises soient créées pour crédibiliser ce que nous faisons. Cette étape de construction de l’École de design se fera via des laboratoires d’expérimentation : READi dans les domaines de l’interactivité vient d’être créé, un autre autour des « nouvelles pratiques alimentaires » sera inauguré en 2011-2012.

Autre pratique importée du milieu des écoles de commerce, les demandes de labels, visa, généralement peu prisés des écoles d’art…

En effet, il y a huit ans, nous avons demandé la reconnaissance par l’Etat et le visa de l’Enseignement supérieur pour notre diplôme bac + 5, ce qui nous permettait l’inscription au RNCP, homologation de niveau 1. Le visa vient d’être renouvelé pour 6 ans et le rapport de l’AERES nous a donné la note A+, ce dont nous sommes fiers. Par ailleurs nous sommes membre de la Conférence des Grandes Ecoles, membre du PRES Université Nantes-Angers-Le Mans et avons des partenariats – notamment des double-diplômes – avec l’université, de nombreuses écoles d’ingénieurs, de commerce. Nos étudiants de 5ème année peuvent prétendre au master d’entreprenariat de l’université de Nantes, au master de recherche  « réalité virtuelle » de l’Ensam, ou au mastère « interfaces tangibles » de Telecom Bretagne. L’apprentissage soutenu par la Région des Pays de la Loire a facilité également cette reconnaissance professionnelle. Enfin, nous lançons en septembre 2011 un cycle master du design et de l’innovation en apprentissage.

L’enseignement supérieur s’étant internationalisé, comment faites-vous pour que l’école se distingue ?

J’ai été élu puis réélu à la présidence de « Cumulus, International Association of Universities and Schools of design, Art and media »  qui regroupe 178 établissements dans le monde.  Cela donne à notre établissement un atout qui nous a permis de passer plus de 70 partenariats dans le monde, d’ouvrir deux antennes à l’étranger : Shanghai et Bangalore. Actuellement, nous travaillons sur un programme  avec l’Université AALTO d’Helsinki, et le Politecnico de Milan. C’est la reconnaissance internationale qui va demain déterminer la reconnaissance d’un établissement et notamment quand les masters deviendront des formations dans l’obligation d’accueillir les meilleurs étudiants du monde entier. Il faudra alors être visible sur le globe pour les attirer. Les écoles de design françaises bénéficient d’atouts que les autres n’ont pas : elles sont assises sur une culture de la création reconnues dans le monde entier. Etre designer français résonne particulièrement à l’étranger.

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