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présentation de projets exposés sur une table et fenêtres

Les écoles de design : de la création à l’innovation

Les écoles de design : de la création à l’innovation

Dans un contexte socio-économique tourmenté, les écoles de design bénéficient d’opportunités remarquables. Elles ont dû s’adapter récemment à la faveur des attentes des entreprises et plus généralement de la société, en même temps qu’elles bénéficient aujourd’hui de la défiance à l’économique et à la technologie. Reconnues pour la créativité de leurs étudiants, elles ont toutes les opportunités pour devenir les « centres d’innovation » qui réuniront transversalement les ingénieurs, les marketers, les philosophes, les sociologues, les artistes et les designers…tous ceux qui s’intéressent à imaginer à une société plus propice à l’épanouissement.

Trois phases semblent pouvoir être distinguées dans leur développement récent. Elles correspondent aux évolutions de la vision du rôle du design et du designer dans un contexte de profonds bouleversements dans le paysage de l’enseignement supérieur.

Les écoles de design sont des écoles de création, et elles ont légitimement formé pendant des années des créatifs, des étudiants à l’aise en particulier sur ce qui fait la spécificité du designer : la représentation – le dessin – de produits, d’espace, de scénarii…avec la conscience que ce qui leur était demandé ne nécessitait pas nécessairement pas d’être compris d’emblée, puisqu’il s’agissait d’une création, d’une transgression de la réalité par essence difficilement acceptable.

Pendant des années, le designer s’est volontiers complu dans cette logique qui faisait de lui un « créatif », à l’inspiration « unique », qui ne pouvait que travailler seul sur sa planche à dessin et en se protégeant d’autres qui d’aventure auraient pu lui voler ses idées. Les Ecoles – en France en particulier – ont encouragé cette approche particulière des « designers créatifs », des « designers-artistes ». Elles se sont développées en marge de tous les systèmes universitaires et/ou grandes écoles incapables de collaborer à l’émergence de grands projets universitaires de recherche économique et/ou technologique. De même, elles ont peu collaboré avec les entreprises au motif que l’économique et la rentabilité pouvait aliéner la capacité du designer à créer. De nombreux établissements en France et à l’étranger continuent de fonctionner sur ce modèle. Ils continuent avec succès de produire des « designers artistes » dont certains ont acquis des renommées internationales.

Deux facteurs ont obligé certaines écoles à évoluer vers plus de professionnalisation. La conscience que le design, la création et l’innovation étaient un formidable moteur de croissance et de développement pour les entreprises et l’exigence, nouvelle dans le domaine de l’éducation au design, qu’un établissement ne se jugeait pas seulement à la qualité de ses projets de diplôme, mais plutôt à la qualité des emplois trouvés par les étudiants. Une prochaine étape de maturité obligera probablement à juger la pertinence des carrières en complément du taux de 1er emploi.

La responsabilité des écoles de design a évolué : il ne s’agit plus de former des « créatifs » mais des « professionnels de la création » – qui sont créatifs – adaptables et évolutifs, conscients des enjeux économiques des entreprises avec lesquelles ils vont collaborer. Ils doivent avoir les aptitudes à travailler avec les autres, les ingénieurs, les marketers, les financiers, les philosophes, les sociologues, les artistes…avec qui ils ont l’obligation de partager leurs idées.

Les étudiants designers ont dû apprendre l’entreprise en même temps qu’ils ont appris le partage, la collaboration, l’équipe et la nécessité du travail en commun.

Ils ont appris le management : le design, discipline de création et dont les éducateurs avaient encouragé le travail individuel, est devenue une discipline collective avec une approche collective de la résolution de problématiques socio-économiques de plus en plus complexes.

Ils ont appris de même que la création ne se justifie plus d’elle-même mais qu’il convient de la faire valider et accepter. Le designer – devenu manager de projet collectif – est un être communicant capable de créer et de transmettre. Au sein de l’entreprise, il est devenu le moteur d’une réflexion collective sur les nouveaux produits, les nouveaux services de l’entreprise, sur son image, sa marque, sa culture…

Cet apprentissage de la nécessité de partager ses idées, aussi évidente qu’elle puisse paraître, a été une révolution dans l’apprentissage et dans la conscience des designers. Elle change radicalement la nature de l’enseignement des écoles et leur responsabilité.

Aussi, les écoles de design sont-elles devenues des « centres d’innovation » : d’une pratique individuelle, elles ont muté vers une approche transversale avec des projets en partenariat avec des écoles d’ingénieurs, de commerce, des universités de sciences humaines, des artistes…et avec la responsabilité de produire de l’objectif, du réalisable, du rentable. Elles mettent en place des doubles diplômes, elles créent des laboratoires d’expérimentation. Ceux-ci sont les préfigurations de « centres d’incubation » que les écoles de design pourraient être amenées à créer dans les années à venir.

Les Ecoles de design, de l’innovation à un nouvel « entreprenariat »

Compte tenu de cette évolution, de nouveaux critères de qualité vont apparaître car il devient indispensable de justifier de la pertinence des produits et services proposés. Les maquettes présentées lors des diplômes vont devenir de véritables prototypes et le pourcentage d’étudiants qui créent leur entreprise autour des produits qu’ils ont imaginés pendant leur cursus va être déterminant. Plus les démarches d’innovation seront objectives, plus les étudiants vont devoir le prouver et faire « le grand saut » de la création d’entreprises. C’est déjà le cas dans les structures d’éducation qui se sont dotés de laboratoires expérimentaux post-diplômes qui jouent le rôle d’interface avec le marché et facilitent l’incubation de nouveaux projets.

Les écoles de design commencent à se doter de « design factories » qui seront jugés à la faveur des entreprises créées et de la richesse générée pour la société. Au moment où les universités de gestion et d’économie ont peine à comprendre la crise, où les Ecoles d’ingénieurs doivent justifier le progrès, les Ecoles de design pourraient bénéficier de ce contexte pour devenir des acteurs incontournables de l’éducation et de l’innovation.

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